La Terrasse

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Théâtre - Critique

Discours de la servitude volontaire

Discours de la servitude volontaire - Critique sortie Théâtre
Crédit : Pidz Légende : « L’acteur François Clavier à l’heure des questionnements politiques. »

Publié le 10 octobre 2011 - N° 191

Entre Printemps arabe et élections présidentielles à venir, Stéphane Verrue fait joliment entendre avec François Clavier le Discours de la servitude volontaire.

À travers le Discours de la servitude volontaire (1550), un texte prémonitoire qui analyse le rapport du peuple au pouvoir, le jeune La Boétie remonte à l’Histoire antique, à la tyrannie grecque comme à la dictature romaine, pour stigmatiser toutes les formes de gouvernement absolu et oppressif – injuste, arbitraire et cruel. Deux siècles plus tard, Jean-Jacques Rousseau balaie pareillement l’Histoire dans De l’Inégalité parmi les hommes (1755) : « Le peuple, déjà accoutumé à la dépendance (…) et déjà hors d’état de briser ses fers, consentit à laisser augmenter sa servitude pour affermir sa tranquillité ». Pour enfoncer le clou, Marat note dans Les Chaînes de l’esclavage (1774) : « Jaloux de leur empire, les despotes sentent que pour tyranniser les peuples plus à leur aise, il faut les abrutir ; aussi tout discours écrit qui élève l’âme, qui tend à rappeler l’homme à ses droits, à lui-même, est-il funeste à son auteur. » Le Révolutionnaire n’en sera pas moins soupçonné peu après d’être à l’origine des Massacres de septembre 1792, frayant avec la terreur et la tyrannie. Pourquoi, loin de tout éveil à la conscience politique, les peuples s’en laissent-ils conter pour s’abandonner à la passivité, cette forme perverse d’endormissement ?

Questionnement précieux

La pertinence de ces questions politiques et citoyennes fait écho à notre stricte contemporanéité, depuis nos modestes échéances électorales présidentielles jusqu’au plus ample Printemps arabe dernier dans les pays du Maghreb et du Machrek. L’Histoire et ses brûlures ont rattrapé tout récemment la Tunisie, l’Égypte, la Syrie, la Libye, le Yémen… Il semblerait que les citoyens de ces contrées aient réagi à ce Discours du XVIe siècle : « Soyez résolus de ne servir plus et vous voilà libres. » Les mécanismes de la tyrannie reposent sur une organisation verticale du pouvoir et de ses hiérarchies. Le philosophe Locke, précurseur des Lumières, préconise que le gouvernement par la majorité est celui qui convient le mieux à la société civile. Aussi ne pouvons-nous pas nous lasser d’interroger le pouvoir et son fonctionnement, une posture individuelle active qui regarde la collectivité. François Clavier porte sur ses épaules ce questionnement précieux du monde, sac au dos ou bien livres à la main, en quête d’une existence satisfaisante, d’un avenir prometteur, d’une vie meilleure enfin, une bataille symbolique pour la victoire de la pensée humaniste. C’est un plaisir que de se laisser bercer par la parole claire et timbrée de l’acteur, une voix qui travaille à ce que l’homme se libère sciemment.

Véronique Hotte


Discours de la servitude volontaire d‘Étienne de la Boétie, d’après la traduction en français moderne de Séverine Auffret ; mise en scène de Stéphane Verrue. Dans le cadre des dîners spectacles des 19 et 20 octobre 2011 à 19h30. Théâtre de la Commune d’Aubervilliers. Tél : 01 48 33 16 16. Théâtre La Forge de Nanterre, du 24 au 29 janvier 2012

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