La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Danse - Critique

D’Eux sens

D’Eux sens - Critique sortie Danse
Légende photo : (crédit Julie Romeuf) : Abou Lagraa danse avec son épouse Nawal sa nouvelle création, D’Eux sens

Publié le 10 novembre 2008

Après plusieurs pièces de groupes, Abou Lagraa revient avec une forme plus introspective, dansée avec son épouse Nawal Lagraa.

D’Eux Sens peut-il être autre chose qu’un duo d’amour, quand on sait que ce sont deux jeunes mariés qui le dansent ? C’est pourtant avant tout le souffle du poète et philosophe Omar Khayyâm qui a inspiré l’écriture de ce duo, puisant dans le mysticisme, dans l’épicurisme et la recherche de la liberté les fondamentaux de sa danse. L’espace très délimité par la lumière ou par la scénographie offre aux danseurs la possibilité de se mettre d’abord à nu, chacun de leur côté dans des solos. Même si l’interprète est mis en avant, on ne peut s’empêcher – et c’est peut-être la faiblesse de la pièce – de reconnaître d’emblée la signature gestuelle du chorégraphe, faite de mouvements déliés, de fluidité, de déploiements de bras et de jambes… Visiblement, ces deux-là sont faits pour se rencontrer. Le chorégraphe reprend ensuite à son compte l’idée d’enivrement explorée par le poète, qui est tout à la fois l’ivresse de Dieu mais aussi l’ivresse du précieux nectar qu’est le vin. Le corps nous renvoie alors son mouvement spiralé, ses contacts de peau à peau, son engagement dans une boucle de gestes continus.

Dans l’eau, un nouveau rebond pour la danse

Dans ce duo, Abou Lagraa adopte tous les registres de la relation à deux – l’attraction, la répulsion, la sensualité – et, dans ces propositions attendues sur le lien entre un homme et une femme, peine à se sortir de ses habitudes gestuelles, de son aptitude au geste formel, bien ciselé et proprement écrit. Il célèbre l’amour et la beauté de son couple, ce qui est une chose, mais comment parvenir à l’ivresse ultime, l’explosion, la jouissance ? Sur le plateau, un plan d’eau attend les deux amants. Le temps qui passe s’y écoule goutte à goutte, les corps s’y plongent comme pour se ressourcer, se laver de leurs débordements charnels. A la fois liquide amniotique, eau de baptême et nectar précieux, cet espace donne à la pièce un nouvel élan, un nouvel artifice pour emporter les corps ailleurs. La lumière magnifie chaque goutte versée, accentue la beauté formelle de la pièce mais creuse l’écart avec la parole philosophique du poète. Il reste alors dans l’esprit du spectateur un essai sur l’amour, exalté à la façon d’Abou Lagraa, débordant de corps et de gestes, dégoulinant d’eau et de sentiments, d’absolu et de grâce, sans complexité.

Nathalie Yokel


Spectacle vu à la Biennale de la Danse de Lyon.

D’Eux sens d’Abou Lagraa, du 6 au 9 novembre à 20h45, le dimanche à 17h, aux Gémeaux, scène nationale de Sceaux, 49 avenue Georges Clémenceau, 92330 Sceaux. Tel : 01 46 61 36 67. Et le 18 novembre à 21h au CDN de Sartrouville, place Jacques Brel, 78500 Sartrouville. Tel : 01 30 86 77 79.

A propos de l'événement



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