La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Déjà là

Déjà là - Critique sortie Théâtre
Crédit photo : Elisabeth Carecchio Légende photo : Que faire…

Publié le 10 février 2012 - N° 195

L’auteur et compositeur Arnaud Michniak et la metteuse en scène Aurélia Guillet dessinent le portrait mosaïque d’une génération en quête de sens dans une époque en crise.

« On a grandi entre deux époques. Tout a changé très vite. Ce qui nous guidait hier n’a plus vraiment cours aujourd’hui. On a suivi comme on suivrait un film, sans y prendre part. L’ambition nous a lâchés, comme la politique avant nous avait trompés. », scandait Arnaud Michniak dans son album L’enfer tiède. Avec Déjà là, partition écrite à partir de propos glanés dans la rue au gré d’entretien avec des gens d’une quarantaine d’année, l’auteur et compositeur esquisse le portait épars d’une génération ferrée dans un monde en crise depuis l’enfance, tiraillée entre désir et dégoût de l’engagement, entre individualisme hédoniste, honte larvée des renoncements et rejet d’une perspective réduite au matérialisme. Que faire, quand les slogans politiques ont usé tous les mots à force de tourner dans la lessiveuse de la communication, quand le réalisme a fini par assigner toutes les utopies à résignation ? Que faire, quand la personne est dépossédée de sa capacité à être, de ses pensées, de son humanité, jusqu’à en oublier l’autre ? Que faire, plutôt que d’errer en boucle dans des contradictions et récriminations qui s’achèvent en rageuse inaction ?

Tenter de faire face au chaos du présent

Tant de questions traversent la pièce et cognent contre un présent atone… Travaillées en improvisations, elles forment la matière vive d’un théâtre fragmentaire où les images, les paroles, les corps, l’espace et les sons s’entremêlent. Dans l’ambiance alcoolisée d’une fin de dîner, lorsque les esprits lâchent les maux cachés sous les convenances, quatre amis fouillent les poches de leur existence et triturent leur malaise dans l’époque, leur désespoir intime, entre révolte et désenchantement. Tentent de faire face au chaos de leur présent. Tels questionnements, qui touchent juste au cœur de la société et font puissamment résonner les troubles d’une génération en quête d’elle-même, appelleraient un ton moins didactique, un jeu plus nuancé et une mise en scène plus structurée pour révéler l’essentiel dans ce qu’il a d’insaisissable et tracer une ligne de réflexion. Reste que, même avec ses maladresses, même un peu inabouti, ce geste collectif qui se collette au réel, porte une force salvatrice.

Gwénola David


Déjà là, texte et musique d’Arnaud Michniak, mise en scène d’Aurélia Guillet. Jusqu’au 18 février 2012, à 21h sauf mardi 19h et dimanche 16h, relâche lundi. La Colline-Théâtre national, 15 rue Malte-Brun, 75020 Paris. Tél. : 01 44 62 52 52 et www.colline.fr. Durée 1h15.

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