Danse - Critique

Crowd

Crowd de Gisèle Vienne. Crédit : Estelle Hanania

Nanterre-Amandiers / Chor. Gisèle Vienne

Gisèle Vienne explore la dimension archaïque de la fête, entre désir, exaltation du corps et des sentiments, au rythme d’une musique électronique intense.

La fête est finie. Un sol pleine terre, jonché de canettes écrasées, nous rappelle que les rave parties sont un rituel d’extérieur, amenant aux champs les noctambules des villes. Une fille entre très lentement, short en jeans et K-way jaune. Déjà, le temps se distord, entraînant avec lui toutes nos certitudes sur le présent. On prend soudain conscience qu’il est au cœur du mot re-présentation. Les détritus sont de la fête l’éternel retour. Quand les autres danseurs entrent en scène, alentis comme entre rêve et sommeil, notre perception se trouble davantage. Sur les rythmes aussi binaires qu’impérieux de la musique techno – des morceaux liés au label Underground Résistance de Peter Rehberg et une création de KTL –, les quinze solistes continuent leur danse hallucinée, dans laquelle chaque infime détail prend une importance démesurée, comme si nos sensations étaient définitivement altérées.

Une gestuelle cinématographique

La gestuelle utilise, en grande partie, des techniques cinématographiques ou vidéo : ralentis, gros plans, mouvements retouchés, et même repris à l’envers. Mais cette grammaire ordinaire de l’image, devient, en danse, une performance inouïe. Les jeunes danseurs incarnent un personnage par une précision dans l’expression comme dans le geste. Chacun d’entre eux est travaillé, ciselé pourrait-on presque dire, par le sous-texte de Dennis Cooper et les opérations que Gisèle Vienne imprime à la gestuelle. Notre regard se focalise sur un visage, une cambrure, une main qui s’avance, un baiser manqué, ou bien se déplace, comme poussé par un travelling intérieur qui l’enjoint à débusquer d’autres scènes. L’air se charge d’électricité. À chaque moment on croit à l’orage de violence imminente. Gisèle Vienne n’y cédera évidemment pas. Mais placera au cœur de la pièce des corps étendus immobiles dans un silence brutal. Tandis qu’une fille fouille en pleurant les corps, s’impose le souvenir du 13 novembre 2015. Hasard ? Peu importe. La mort et la liesse ont ici partie liée, comme dans la transe, le sacrifice, l’extase, manifestations d’une humanité en quête de sens.

Agnès Izrine

A propos de l'événement

Crowd
du Jeudi 7 décembre 2017 au Mardi 29 mai 2018
Nanterre-Amandiers - Centre dramatique national
7 Avenue Pablo Picasso, 92000 Nanterre, France

Du 7 au 16 décembre, du mardi au vendredi à 20h30, samedi 9 à 18H, dimanche 10 à 15h30, le 14 à 19h30, les 15 et 16 à 21h. Tél : 01 46 14 70 00. Dans le cadre du Festival d’Automne à Paris. Durée : 1h30. Spectacle vu le 8 novembre au Maillon à Strasbourg.


Egalement du 6 au 9 février 2018 au Théâtre national de Bretagne à Rennes, les 27 et 28 février à la MC2 de Grenoble, le 29 mai à La Filature Scène nationale de Mulhouse.


Mots-clefs :, ,

A lire aussi sur La Terrasse

Danse - Critique

La Fresque

Reprise de la création d’Angelin Preljocaj, [...]

La Fresque : En savoir plus
Danse - Critique

Via Kanana

Les Via Katlehong rencontrent Gregory Maqoma. [...]

Via Kanana : En savoir plus

Recevez le meilleur
du spectacle vivant

Abonnez-vous gratuitement à notre newsletter pour recevoir chaque semaine dans votre boîte email le meilleur du spectacle vivant : critique, agenda, dossier, entretien, Théâtre, Danse, Musiques... séléctionné par la rédaction