La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Eva Doumbia

Corriger les inégalités

Corriger les inégalités - Critique sortie Avignon / 2015
Crédit photo : DR Légende Photo : Eva Doumbia

Scènes françaises et diversité ethnique

Publié le 26 juin 2015 - N° 234

Membre du mouvement Egalité Citoyenne en Acte, la metteure en scène Eva Doumbia dénonce « le népotisme » du théâtre institutionnel français.

« L’intérêt soudain que suscitent les comédiens non-blancs correspond à une injonction de l’Etat. Or si la représentation de la vraie France sur les scènes de théâtres est politique – je veux dire la France envisagée dans ses différentes composantes – la sémantique utilisée pour en parler l’est aussi. L’institution, comme certains médias, n’arrive pas à nommer : Noirs, Arabes, Racisés, Non-Blancs, Afropéens… ? Le terme « diversité” s’inscrit dans une stratégie tendant à éviter tout ce qui mène au mot race, y compris dans son acception sociologique, historique et politique. L’uniformité ethnique du théâtre français trouve ses racines dans le profond racisme de notre pays, ainsi que dans la méconnaissance, de la part de ses élites progressistes blanches, de l’histoire coloniale. Car si la France ne veut pas affronter son passé, c’est parce que la colonisation n’a pas cessé, tant dans le secteur économique que dans ceux liés aux savoirs et à l’imaginaire. Or nos phénotypes et parfois nos œuvres lui rappellent ce passé/présent.

Une logique coloniale

Pour aller plus loin, je dirais que les actions que les hautes instances veulent mettre en place en direction des quartiers populaires, habités majoritairement par des non-blancs, relèvent trop souvent de la même logique coloniale. Elles ne sont pas assez à l’écoute de la créativité de ces territoires qui, pourtant, proposent des renouvellements de formes. Je crois que le pire blocage du théâtre institutionnel français est lié à sa dimension népotiste. Il faudrait, bien sûr, engager des acteurs non-blancs. Mais cela ne changerait pas l’essentiel, car le pouvoir resterait aux mains des mêmes. Il n’y a en effet aucun directeur de Centre dramatique national ou de Théâtre national non-blanc en France. Corriger cette inégalité serait un vrai pas en avant. Il faudrait également repenser ces dispositifs, en faire des outils de partage plus démocratiques, poser la question de leurs territoires. »

 

Propos recueillis par Manuel Piolat Soleymat

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