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Avignon - Entretien Ludovic Lagarde

Comment faire son « nid » dans notre monde ?

Comment faire son « nid » dans notre monde ? - Critique sortie Avignon / 2010

Publié le 10 juillet 2008

Ludovic Lagarde fouille le maquis volubile de l’écriture d’Olivier Cadiot, son complice depuis vingt ans, pour en délier toute la théâtralité.

Comment est né le désir d’emmener l’écriture d’Olivier Cadiot sur scène ?
Ludovic Lagarde : De par ma formation littéraire, je m’intéressais à l’époque plus aux textes matériaux, ceux de Beckett, Müller ou Guyotat, qu’au théâtre dialogué. A la lecture de L’art poétique, recueil de poèmes d’Olivier, j’ai été touché par le lyrisme et le souffle de l’écriture. Je lui ai alors passé commande d’une pièce, Sœurs et Frères, que nous avons créée en 1993. Nous avons voulu continuer l’aventure tout en poursuivant lui son projet littéraire, moi ma recherche scénique… donc en passant par le livre pour faire théâtre. Peu à peu, nous avons développé un mode de collaboration, empirique et original, un échange où chacun apporte à l’autre tout en restant à son endroit. La partition se construit ainsi progressivement par l’expérience du travail à la table et au plateau.
 
« Nous avons développé un mode de collaboration, empirique et original. »
 
Que cherchez-vous dans les romans ?
L. L. : Une scène théâtrale. Je fais le premier geste d’arrachement à la littérature et réalise une version scénique calée sur un axe dramaturgique. Je travaille surtout le sens. Dans Un nid pour quoi faire, roman hétérogène croisant plusieurs récits, voyages et décors, j’ai privilégié l’unité de lieu, la cour royale, pour tisser la trame puis j’y ai réinjecté les autres motifs du roman. J’essaie, en inventant une autre structure, théâtrale, de traduire sur scène la sensation du livre, dans toutes les facettes : à la fois pamphlet politique, réflexion sur le pouvoir, sur la tyrannie de la parole et sur la transmission, pensée philosophique sur la difficulté de faire son « nid » dans ce monde-là.
 
Le texte semble se déployer dans les failles du réel, comme si le fantasmatique soudain dérobait la réalité. Quel travail scénique cette écriture appelle-t-elle ?
L. L. : J’utilise des procédés cinématographiques de voix off, de sons et d’images, qui apportent du surplomb, ouvrent des hors-champs, brouillent les temporalités. Dans un tel dispositif, l’acteur doit laisser du jeu entre le personnage et lui, ce qui demande une grande virtuosité, un naturel, un rapport très précis au rythme, à la forme et une conscience aiguë de l’ici et maintenant.
 
Entretien réalisé par Gwénola David


Festival d’Avignon. Un nid pour quoi faire, d’Olivier Cadiot, mise en scène de Ludovic Lagarde. Du 8 au 13 juillet, à 22h, du 14 au 18 juillet à 18h, relâche le 12 juillet. Gymnase Gérard Philipe. Un mage en été, d’Olivier Cadiot, mise en scène de Ludovic Lagarde. Du 21 au 27 juillet, à 18h. Opéra-Théâtre.

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