Mes parents de Mohamed El Khatib
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Avec le soutien de Théâtre Ouvert, Boutaïna El Fekkak et Abdellah Taïa créent et interprètent une histoire sensible de retrouvailles après une amitié interrompue. Une partition nourrie de mémoires vives.
Abdellah et Boutaïna : prénoms des deux auteurs de la pièce, mais aussi des deux personnages sur la scène. La vérité du vécu et l’invention de l’écriture d’emblée se télescopent, brouillant et confondant fiction et réel. Une écriture portée par eux-mêmes sur la scène, cet espace nu à habiter qui est toujours un sacré défi. L’auteur et comédien Abdellah Taïa, qui vient de signer Vivre à ta lumière, roman dédié à sa mère, a ici délaissé la solitude du geste d’écrire tandis que la comédienne et metteuse en scène Boutaïna El Fekkak s’est appuyée sur son expérience des écritures de plateau pour qu’ensemble ils trouvent les mots, dans l’oralité d’une parole qui « donne une vérité qui est nous et qui existe entre nous », selon les mots d’Abdellah. L’histoire brasse des sentiments forts, nourris de douleurs intimes, de joies partagées, d’expériences d’exilé, d’une folle et belle amitié. Une amitié née à Paris entre deux exilés Marocains qui s’entendent à merveille. Lui de Salé, « la ville des pauvres », et elle de Rabat, cité riche. Lui homosexuel et elle hétérosexuelle. Malgré la complicité et la liberté qui les relient, Boutaïna disparaît sans explication, à l’aube de l’année 2000 après une soirée de réveillon.
Une « vengeance à la marocaine »
Quelque vingt ans plus tard, ils se retrouvent fortuitement dans les rues de Paris. Ce sont ces retrouvailles et le retour au passé qu’elles impliquent qui constituent la trame de l’histoire. Voici venu le moment d’expliquer, de régler les comptes, de répondre enfin à l’incompréhension et l’attente. Abdellah annonce en plaisantant ce qui va suivre dans le récit : « Une vengeance à la marocaine ». En l’écoutant, c’est plutôt une grande tendresse que l’on perçoit, au cœur d’une relation où s’immiscent divers héritages et injustices. Il s’agit de trouver l’équilibre et le bon rythme entre narration et incarnation, de ne pas sombrer dans le mélodrame et le pathos, ou à l’inverse dans un récit trop explicatif, et pour cela les deux interprètes ont un allié sûr : les films égyptiens, qui les ont tant fait rire ou pleurer, dont quelques extraits créent un écho onirique, une mise à distance ou un reflet amusé des affects. Délicate, sensible, plus ou moins intense, laissant affleurer par petites touches la partie émergée de problèmes massifs, la partition avance jusqu’à un monologue poignant de Boutaïna. Peuplé de fantômes tenaces, comme souvent au théâtre.
Agnès Santi
Du 12 au 14 septembre, le 21 et les 27 et 28 à 19h30,
du 22 au 24 septembre et les 29 et 30 à 20h30,
le 1er octobre à 18h.
Tél : 01 42 55 55 50. www.theatre-ouvert.com Durée : 1h.
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