La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Coloris vitalis de Catherine Lefeuvre : Gramblanc, le clown de Jean Lambert-wild, explore le si curieux métier de vivre et d’être artiste…

Coloris vitalis de Catherine Lefeuvre : Gramblanc, le clown de Jean Lambert-wild, explore le si curieux métier de vivre et d’être artiste… - Critique sortie Théâtre Paris Théâtre de Belleville
Jean Lambert-wild en Gramblanc © Tristan Jeanne-Valès

Théâtre de Belleville / de Catherine Lefeuvre / direction de Catherine Lefeuvre & Jean Lambert-wild

Publié le 17 décembre 2022 - N° 306

Stylite à bonnet pointu, bagnard élégant réfugié au désert, malade et incompris, insolent et tendre, Gramblanc, le clown de Jean Lambert-wild, explore le si curieux métier de vivre et d’être artiste…

Il faut se garder de la misologie, comme Socrate en avertit ses disciples au moment de boire la ciguë : elle mène à la misanthropie. Détester les mots, leur richesse, leur saveur et la joie de les connaître conduit souvent à trouver suspects ceux qui aiment jouer avec eux. Gramblanc est un aristocrate du verbe. Il se plait autant à la logorrhée qu’à l’invention sémantique et aux envolées clowniques chères à Charcot. Gramblanc est un brin hystérique – pourquoi le taire ? Il n’est pas pervers. Il est l’inventeur de sa maladie, la « chromopathologie » et il en expose les symptômes avec grand soin, comme s’il était à la fois bourreau de lui-même et analysant. Catherine Lefeuvre, qui le fait parler, lui a taillé un costume de mots exigeants et élégants, dans lequel Jean Lambert-wild se glisse avec l’aisance des grands interprètes. Le clown blanc sert habituellement de faire-valoir aux augustes, au rire facile et à la farce méchante. Gramblanc est seul, même si Aimée Lambert-wild l’accompagne dans son introspection.

Un albatros assassiné

Fiché sur un plot, il rappelle les grands littérateurs, hautains face à la mer, tels Chateaubriand ou Hugo, les sacrifiés qui, à l’instar de Didon, installent leur bûcher sur les falaises pour que tous assistent à l’immolation, ou les anachorètes qui « prennent en dédain la ville voluptueuse du haut de leur pilier », comme le disait Renan. Quelle est la véritable maladie de Gramblanc ? Son amour de la vie. Il aime à ce point les couleurs et les mots qu’il en explose de douleur. Le clown apparaît comme le symbole du poète et de l’artiste, dont le commun prend le phrasé divin pour des éructations incompréhensibles. Sur son trépied delphique, la pythie devait ressentir parfois la solitude intense qui saisit le prince des nuées ! Jean Lambert-wild compose un personnage énigmatique et attachant, dérisoire et flamboyant, assassiné par sa passion, incompris, à la fois fier et triste de n’être pas comme ses semblables. Face à une si poignante douleur, il faut être bien méchant homme pour ne pas comprendre qu’il est parfois des cris d’amour qui ressemblent à des cris de colère. Les enfants, les fous et les artistes le savent. Les amateurs d’eau tiède préfèreront toujours, quant à eux, la tisane à l’eau de feu.

Catherine Robert

A propos de l'événement

Coloris vitalis
du samedi 7 janvier 2023 au mardi 31 janvier 2023
Théâtre de Belleville
16, passage Piver, 75011 Paris

Lundi et mardi à 19h15, samedi à 17h, dimanche à 17h30. Tél. : 01 48 06 72 34. Durée : 50 min. À partir de 12 ans.


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