La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Claudia Stavisky

Claudia Stavisky - Critique sortie Théâtre

Publié le 10 novembre 2008

Double quatuor de femmes : féminité et transmission

La codirectrice du Théâtre des Célestins à Lyon reprend Jeux doubles créée la saison dernière, la première pièce de Cristina Comencini. Une idée de « comédie italienne » qui, des rires aux larmes, éclaire les questions de la nature féminine et de la transmission.

Quelle est, selon vous, la quintessence de la féminité qui se dégage de Jeux doubles ?
Claudia Stavisky : Cette pièce ouvre davantage des champs de réflexions qu’elle n’apporte de réponses précises à la question de la condition féminine. Car il ne s’agit pas du tout d’un projet d’analyse sociopolitique ou d’une profession de foi féministe. A travers la mise en perspective de deux groupes de femmes et de deux époques – quatre mères, au tout début des années 1960, et leurs quatre filles, aujourd’hui -, Cristina Comencini ne parle pas de la féminité comme d’un aléa de la société, mais interroge la consistance réelle, les éléments fondateurs de l’identité des femmes occidentales.
 
La notion de transmission de mère à fille se situe donc au centre de cette pièce à deux volets…
C. S. : Exactement. La question essentielle est celle de la transmission. Qu’est-ce qui reste de nos mères en nous, qu’est-ce qui constitue cette féminité dont nous héritons : biologiquement, sociologiquement, émotionnellement… ? On ne peut pas éluder les effets de nos atavismes. Jeux doubles parle de tout ça. C’est un regard porté sur les legs et les influences qui se perpétuent de génération en génération, de mères à filles.
 
A travers quel style, quelle langue, Cristina Comencini présente-t-elle ces huit femmes ?
C. S. : Elle use d’un langage extrêmement quotidien, un langage parlé qui ne comporte aucune velléité littéraire. Jeux doubles est comme une de ces comédies italiennes qui passent perpétuellement des rires aux larmes, mais sans aucune hystérie, à travers une douceur et un apaisement étonnants. Cette pièce fait naître des situations déployant un humour, une ironie et une intelligence que je trouve extraordinaires. D’une certaine façon, elle se rapproche un peu du cinéma. Et par moments, elleatteint un tel hyperréalisme qu’elle s’envole, paradoxalement, vers une forme d’irréel. Car, alors, ces femmes ne se répondent plus les unes aux autres, elles se parlent sans se parler, comme sous l’œil d’un zoom qui révèle l’intérieur de leur esprit.
 
« Qu’est-ce qui reste de nos mères en nous, qu’est-ce qui constitue cette féminité dont nous héritons ? »
 
La direction d’acteur s’est-elle imposée comme le principal enjeu de votre travail ?
C. S. : Oui. Ma mise en scène ne révèle aucune grande mécanique spectaculaire. Mon imaginaire a essentiellement travaillé sur les actrices, sur leur jeu, sur le chemin à prendre pour les mener vers une prise en charge de leurs rôles rejoignant l’investissement très particulier dont font souvent preuve les comédiens anglais. J’entends par là un endroit totalement théâtral, fluide, habité de façon très émotionnelle, très intense, mais qui ne laisse aucune trace sur les personnages au fur et à mesure de l’avancement du texte. Comme une eau qui coule, qui passe sans regarder en arrière… D’autant que les quatre actrices (Ndlr : Ana Benito, Marie-Armelle Deguy, Corinne Jaber et Luce Mouchel) doivent jouer deux personnalités, deux corps différents. Bien sûr, cela va bien au-delà d’un changement d’apparence et de costume. Le rapport au corps du début des années 1960 était tout à fait différent de celui d’aujourd’hui, même presque antinomique. Il s’agit donc, pour les comédiennes, d’investir cette contradiction, de parvenir à l’incarner sur scène.
                                                                                                       
 
Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat


Jeux doubles, de Cristina Comencini ; mise en scène de Claudia Stavisky. Reprise du 7 au 15 novembre 2008. Du mardi au samedi à 20h00, le dimanche à 16h00. Les Célestins, Théâtre de Lyon, 4, rue Charles-Dullin, 69002 Lyon. Renseignements et réservations au 04 72 77 40 00.

Du 17 janvier au 1er février 2009 au Théâtre de la Commune à Aubervilliers. Rens 0148331616.

A propos de l'événement



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