La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Cet enfant

Du blues festif et acoustique.

Publié le 10 mars 2007 - N° 146

Joël Pommerat dénude jusqu?à la chair les liens de la parenté. Une pièce
violente et poignante, qui touche juste et montre, sans jugement moral,
l’inextricable complexité des rapports parents-enfants.

Un choc. Qui propage son onde au c’ur du silence, bien après que les lumières
de la scène se sont tues, et laisse la sensation presque incertaine d’avoir
remué « quelque chose » de profondément enfoui sous la surface du quotidien.
Cet enfant
ébranle au plus intime, là où rôdent des ombres bâillonnées
depuis l’enfance, là où grouillent, bien vivants, les sentiments troubles,
peut-être inavoués, qui nous relient aux nôtres. Avec des mots simples,
tellement simples, qui tranchent à même le cru de la vie des situations
familiales, sans doute banales, et dénudent jusqu’à la chair les liens de la
parentèle. L’amour, la culpabilité, le chantage, les peurs, les ranc’urs
refoulées, les espoirs, les reproches, la détresse? Toutes ces réalités
inextricablement mêlées qui façonnent les relations entre parents et enfants
surgissent au gré de séquences brèves où les tensions se condensent à l’extrême.
Les personnages, à la fois durs et vulnérables, souvent égoïstes, maladroits,
terriblement humains, se débattent avec leurs non-dits et leurs contradictions,
leurs rêves de bonheur et leurs frustrations. Ils se débrouillent comme ils
peuvent face aux problèmes de l’éducation, de la transmission, du rapport aux
modèles du père et de la mère, face aux normes sociales de la famille idéale.

 

Une mise en scène de haute sobriété

Joël Pommerat a écrit cette pièce rude et poignante à partir de rencontres
avec des femmes habitant dans des cités en Normandie, projet initié par la CAF
du Calvados et le CDN de Caen. De leurs témoignages et des discussions avec les
comédiens de la compagnie, il a tiré la matière âpre de saynètes qui mettent en
jeu, sans jugement moral ni didactisme, l’individu aux prises avec ses attaches
affectives, ses ratés relationnels et la souffrance ordinaire d’exister. Sur un
plateau nu sculpté de clairs-obscurs, les acteurs disent ces paroles, ou les
chuchotent, ou les expulsent, avec une émotion nouée vrillant tout le corps,
comme pour mieux faire entendre la déflagration intérieure des mots. Tandis
qu’une rengaine de bal populaire, dégrisée comme un petit matin gris, revient
par bouffées depuis l’arrière-scène, les tableaux se succèdent, dessinant peu à
peu les visages froissés d’une humanité fragile. Incarné mais économe en gestes,
le jeu désamorce tout pathos et chauffe à blanc chaque situation. L’abstraction
de la scénographie dégage en effet le texte d’un réalisme glauque et évite la
redondance avec la crudité du réel qui n?en apparaît qu’avec plus de force et de
complexité. Par la finesse, l’intensité et la sobriété de l’écriture scénique,
Joël Pommerat et sa troupe échappent aux clichés sur la famille et touchent
juste.

Gwénola David

Cet enfant, texte et mise en scène de Joël Pommerat, au Théâtre des
Bouffes du Nord du 21 mars au 14 avril. Rens 0146073450-www.bouffesdunord.com
Durée 1h05. Texte publié aux éditions Actes-Sud Papiers. A voir aussi le 10 mars
2007 à la Ferme de Bel Ebat à Guyancourt. Rens : 0130483344.

A propos de l'événement



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