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La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Entretien Magali Léris
Willy Protagoras enfermé dans les toilettes : le combat d’un fouteur de merde

<p>Entretien Magali Léris<br>
<i>
Willy Protagoras enfermé dans les toilettes</i> : le combat d’un fouteur de
merde</p> - Critique sortie Théâtre
Photo : Catherine de Clippel (légende photo) Il a découvert la musique persane classique en écoutant à la radio le grand maître du chant, Banan.

Publié le 10 mars 2007 - N° 146

Tout va mal dans l’appartement des Protagoras depuis qu?ils ont invité la
famille Philisti Ralestine à s’y installer. La cohabitation est devenue
invivable et les choses empirent davantage lorsque Willy, le fils Protagoras,
bloque l’accès aux toilettes en s’y enfermant ! Magali Léris s’empare avec
passion du texte impitoyable, iconoclaste, drôle et cruel de Wajdi Mouawad.

Quels thèmes cette pièce abordent-elle ?

Magali Léris : Plusieurs questions très aiguës et très actuelles se
croisent dans cette pièce. L’histoire est celle de deux familles se disputant le
territoire d’un appartement. Généreux, les Protagoras ont accueilli les Philisti
Ralestine chez eux. Mais l’ambiance est devenue détestable : la guerre est
ouverte pour savoir qui doit jouir de cet appartement et de sa fenêtre sur la
mer. On pense évidemment au Liban, mais aussi au conflit israélo-palestinien et
à tous les pays du Moyen-Orient. Mais la pièce évoque aussi une jeunesse
fracassée, poussée au suicide ou à l’exil par des adultes qui se débrouillent
pour ne pas l’entendre. Et à travers la figure de Willy, qui est un peintre,
Mouawad évoque le statut de l’artiste face au monde, question essentielle, je
crois. En empêchant les autres de chier, Willy les fait vraiment chier, mais lui
arrive à survivre grâce à son imaginaire : même enfermé, il est libre. Les cris,
la douleur, la folie cohabitent dans cette pièce à la fois drôle et profonde,
riche comme la jeunesse capable de passer du rire aux larmes en deux secondes.
Wajdi Mouawad a écrit cette pièce à dix-neuf ans. Moins lyrique que ses ?uvres
suivantes, cette pièce est empreinte d’un humour ravageur, qui fait rire en
prenant à la gorge et qui parle en même temps à l’intime et à l’universel :
chacun peut s’y retrouver.

« Cette pièce est empreinte d’un humour ravageur, qui fait rire en
prenant à la gorge. »

Pourquoi Willy s’est-il enfermé dans les toilettes ?

M. L. : Willy s’enferme d’abord parce qu’on lui a planté une fourchette
dans la cuisse lors d’une bataille entre les deux familles. Puis cet enfermement
devient sa révolte. En bloquant les toilettes, il provoque la révolution dans
l’immeuble puisqu’il faut aller chier chez les voisins ! On va tout faire pour
que Willy sorte : couper l’eau, le priver de nourriture, tondre sa petite
copine. Alors Willy finira par sortir mais pour se défenestrer en emportant avec
lui sa liberté. Même s’il est tragique, son geste ultime est libre et je veux le
rendre pour qu’il soit perçu comme tel et non pas comme un geste de désespoir.

Quel traitement scénique proposez-vous ?

M. L. : Le décor bloque mon imaginaire, je n?ai de vision que quand le
plateau est vide. Tout le théâtre est dans le corps de l’acteur, je crois. J’ai
privilégié une idée toute simple avec laquelle on peut faire énormément de
choses : celle des ombres projetées des acteurs sur des panneaux qu’ils
manipulent et qui créent, au lieu d’un décor en dur, un univers fantastique et
onirique, mouvant, qui démultiplie l’aspect incroyable de la situation et permet
de la retourner. Qui est vraiment enfermé ? Qui est plus monstrueux que
l’autre ?

Propos recueillis par Catherine Robert

Willy Protagoras enfermé dans les toilettes, de Wajdi Mouawad ; mise en
scène de Magali Léris. Du 6 au 18 mars 2007. Du mardi au samedi à 20h30 ; le
dimanche à 16h ; relâche le lundi. Théâtre de l’Ouest Parisien, 1, place
Bernard-Palissy, 92100 Boulogne-Billancourt. Réservations au 01 46 03 60 44. Les
30 et 31 mars à 20h30. Théâtre Paul-Eluard, 4, avenue de
Villeneuve-Saint-Georges, 94600 Choisy-le-Roi. Réservations au 01 48 90 89 79.
Du 23 avril au 20 mai. Mardi, mercredi, vendredi, samedi à 20h ; jeudi à 19h ;
dimanche à 16h ; relâche le lundi sauf le 23 avril, à 20h ; relâche le 25 avril.
Théâtre d’Ivry Antoine Vitez, 1, rue Simon Dereure, 94200 Ivry. Réservations au
01 43 90 11 11. Du 22 au 25 mai à 20h30. Comédie de Clermont-Ferrand. Maison de
la Culture. Rue Abbé-de-l’Epée. 63000 Clermont-Ferrand. Réservations au 04 73 29
08 14. Texte publié chez Actes Sud-Papiers.

A propos de l'événement



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