Edgar Paillettes
Fruit d’une collaboration entre la compagnie [...]
Avignon / 2017 - Entretien / Mélanie Perrier
Qu’est ce qui subsiste d’un geste comme le porté, sorti de son usage, de sa forme, de sa sensualité ? Pour Mélanie Perrier, c’est un manifeste de la relation à l’autre et un nouveau paradigme de spectacle !
Vous présentez CARE, votre création 2016, dans le cadre de La Belle Scène Saint-Denis, avez-vous dû l’adapter pour le plein air et comment ?
Mélanie Perrier : À La Parenthèse, on ne verra pas la pièce telle qu’on peut la découvrir dans un théâtre. Avec sa configuration de plein air, ce lieu me paraissait être un territoire intéressant à explorer. Ce n’est pas un « reader’s digest » de la pièce, mais au contraire une recréation – CARE avec le titre Vulnerability Live Score – qui sera différente chaque jour, conçue spécifiquement dans ce contexte. La création sonore de Méryll Ampe sera réalisée en temps réel face aux danseurs pour dialoguer avec eux en permanence.
Pourquoi avez-vous choisi de présenter deux duos, l’un féminin et l’autre masculin, autour du porté, figure emblématique de la danse classique ?
M. P. : Je voulais revenir à une figure de la danse : le pas de deux. Non pas pour créer une nouvelle palette esthétique mais pour retourner à son sens premier pour ceux qui l’effectuent. La danse – surtout académique – a montré tout le caractère normatif, très performatif, très genré, que cette figure peut avoir : le danseur masculin porte la ballerine. Je voulais interroger ce que cela induit dans l’imaginaire collectif. D’où cette idée du double duo masculin et féminin. Deux hommes qui se portent renvoient-ils aux mêmes représentations mentales que deux femmes ? Que signifie être porté ?
« Que signifie être porté ? »
Pourquoi et comment faites-vous entrer l’éthique du « care » dans votre chorégraphie ?
M. P. : C’est le deuxième point de départ. C’est une éthique qui nous vient des Etats-Unis et s’inspire de recherches féministes. Elle réévalue la relation à l’autre de manière moins individualiste. Elle recartographie la société à partir de la notion de soin, de sollicitude. Articuler le porté à l’éthique du care permet de proposer des normes alternatives de représentation, là où la fragilité se donne à voir de part et d’autre, là où chaque geste peut générer une nouvelle formulation des liens d’interdépendance.
Propos recueillis par Agnès Izrine
La Parenthèse.
Du samedi au vendredi à 10h, relâche le lundi 10 juillet. Tél. : 04 90 87 46 81. Durée : 30 minutes.
Fruit d’une collaboration entre la compagnie [...]