La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Danse - Entretien

Bernardo Montet

Bernardo Montet - Critique sortie Danse
Photo : Des Hommes, de Bernardo Montet. Photo Bernard Duret

Publié le 10 novembre 2011 - N° 192

L’asservissement, la mémoire et les corps des danseurs

Bernardo Montet termine son mandat de directeur du Centre chorégraphique national de Tours avec une création inspirée du Bagne de Jean Genet.

« La question du genre m’amène dans Des Hommes à explorer, plus largement, celle de l’assignation – sexuelle, religieuse, morale. »

Que représente pour vous l’écriture de Jean Genet ?
Bernardo Montet : C’est une œuvre que j’ai découverte quand j’étais adolescent, et qui me semble au cœur de préoccupations très actuelles. Genet est à la fois un grand classique du XXe siècle, qui aborde intensément la beauté – or je crois qu’être humain, c’est se poser la question du beau, et du surpassement – et un homme engagé dans des problématiques brûlantes : je pense à son investissement auprès des Black Panthers, des Palestiniens, des minorités sexuelles… Pour cette création, je n’ai pas cherché à adapter Le Bagne de Genet, mais à explorer les questions qui traversent cette pièce, et qui me traversent aussi.
 
Le titre de cette création, Des Hommes, annonce également une réflexion sur le genre masculin : une thématique que vous avez déjà abordée, notamment dans O. More (2002)…
B. M. : On n’échappe pas à ses fantômes ! Mais la question du genre m’amène dans Des Hommes à explorer, plus largement, celle de l’assignation – sexuelle, religieuse, morale… Se détacher de ce à quoi l’on a été assigné, c’est parfois l’œuvre d’une vie. Le Bagne pose précisément ce problème de l’enfermement. J’ai peu à peu réalisé qu’en travaillant sur l’enfermement, c’est le thème de la mémoire que je voyais surgir : si je suis enfermé dans un bagne, que ma seule perspective est la mort, que me reste-t-il ? La possibilité de me retourner sur mon passé. C’est donc la mémoire, consciente et inconsciente, et la façon dont elle se fait chair, que j’ai explorées.
 
Comment avez-vous travaillé cette matière avec les danseurs ?
B. M. : Chacun, apportant sa mémoire, a apporté sa propre matière dansée. Nous avons notamment beaucoup travaillé sur l’immobilité : qu’est-ce que le corps danse quand je ne lui impose aucune volonté ? Que laisse-t-il transparaître alors ? Dans une telle démarche, on s’éloigne de la logorrhée gestuelle, pour se focaliser sur l’essence : à partir de quoi le corps se met-il en mouvement ? Nous avons également travaillé dans un dispositif scénographique qui plonge les danseurs dans un état particulier. Le décor s’inspire du principe du panoptique, étudié par Foucault : un espace vide et blanc, totalement ouvert, où tout se déroule à vue. Dans un tel cadre, le moindre frémissement se perçoit, et devient profondément signifiant. On découvre également que paradoxalement, quand tout est visible, seul le corps peut encore receler quelque chose de caché… Nous sommes donc au cœur de la question de l’asservissement, mais aussi de la tromperie, de la trahison, du sexe. C’est une création très importante pour moi : je sens que quelque chose de nouveau commence, dans ma façon de travailler et dans les préoccupations qui m’animent.
Propos recueillis par Marie Chavanieux


Des Hommes, chorégraphie de Bernardo Montet, le 30 novembre à 19H, les 1er et 2 décembre à 20H au Centre chorégraphique national de Tours, 47 rue du Sergent Leclerc, 37000 Tours. Tél : 02 47 36 46 00.

A propos de l'événement



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