La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Baba la France

Baba la France - Critique sortie Théâtre
Crédit : Régine Abadia Légende : Rachid Akbal, dans la peau de Kaci, donne tout.

Publié le 10 avril 2012 - N° 197

Le comédien conteur, auteur et metteur en scène, Rachid Akbal, reprend Baba la France, récit théâtralisé en forme de vibrant hommage aux pères de l’immigration algérienne. Un poignant seul en scène.

 « J’ai cherché longtemps avant d’arriver là, j’ai creusé dans sa vie, pour lui trouver une sépulture sur mesure, j’ai fait ressortir un à un ses différents visages, je voulais un lieu qui les raconte tous. Un lieu qui dirait les bonheurs et les tourments de son existence ».  Cette quête aussi physique que métaphysique, la recherche d’un endroit idéal où pouvoir permettre à son père de reposer enfin en  paix et pour l’éternité, lance Baba la France. Seul en scène, dans la peau du fils, Kaci, Rachid Akbal, auteur et metteur en scène de ce conte théâtral, ressuscite le destin de cet homme, algérien indigène parti de sa kabylie natale pour le « pays de la chance », la France métropolitaine, aux lendemains de la seconde guerre mondiale. De l’enfance faite d’oranges et de figues aux foyers de travailleurs des chantiers de la reconstruction, des pierres sèches du sol natal à la fumée des usines de la banlieue parisienne, des rêves d’affranchissement de la misère à l’étau des « événements » déracinant définitivement, Kaci, ramène le souvenir. Exaltant la beauté et la dignité de ce parcours d’homme, le récit poétique de Rachid Akbal, pour s’attacher à reconstruire une vie singulière d’oublié de l’histoire, touche l’universel des destinées de l’immigration. Telle est bien l’intention : « Je voulais rendre hommage à tous ces pères qui sont venus en France, aidés à la reconstruction d’après-guerre, travailleurs exilés volontaires pris dans les tenailles de la guerre d’Algérie sur le sol français, et définitivement transformés en travailleurs étrangers. Pour moi ces pères sont des héros ».

Engagé et généreux

Poignant, le comédien conteur, vêtu d’un Marcel, noyé dans un costume gris à la veste trop large au pantalon flottant retenu par des bretelles, chaussé de mocassins aux vrais faux airs de babouches, retrace cette épopée héroïque en évitant l’écueil du misérabilisme. Vibrant, il donne à entendre l’histoire d’amour : celle d’un fils pour son père. Truculent, variant les tons et les registres, il fait vivre autour de la figure centrale toute une kyrielle de personnages hauts en couleur. Rachid Akbal, qui défend « un théâtre du dire engagé », mouille généreusement sa chemise. Le parti pris d’un plateau nu comme celui de jeux de lumières souvent focalisés sur l’acteur lui-même, n’épargne rien au comédien. Cette générosité ne peut laisser indemne. Elle signe les créations du comédien conteur et intéresse particulièrement les trois textes qui forment La Trilogie Algérienne dont Baba la France constitue le second volet, trilogie ouverte avec Ma Mère l’Algérie et refermée par Alger Terminal 2. Avec Baba la France, le théâtre de Belleville, totalement rénové, dirigé par une nouvelle équipe depuis le début de la saison, offre l’opportunité de voir les deux autres pièces en alternance.

 

Marie-Emmanuelle Galfré


Baba la France, second volet de La Trilogie Algérienne, texte de Caroline Girard et Rachid Akbal, mis en scène et interprété par Rachid Akbal, du mercredi 21 mars au samedi 7 avril et du mercredi 18 au samedi 28 avril à 19h, Ma Mère l’Algérie, premier volet de La Trilogie Algérienne, les dimanches 1, 8, 22, 29 avril à 15h, Alger Terminal 2, troisième volet de La Trilogie Algérienne, du mardi 10 au samedi 14 avril à 20h30, le dimanche 15 avril à 15h,Théâtre de Belleville, 94, rue du Faubourg du Temple, 75 011 Paris, tél : 01.48.06.72.34, www.theatredebelleville.com

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