La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Avant la cérémonie

Avant la cérémonie - Critique sortie Théâtre
©Anne Gayan Légende : Ben et son beau-père (Franck Bussi et Rufus), une rencontre importante.

Publié le 10 mars 2009

Une famille juive revient sur les blessures du passé au fil de retrouvailles chargées d’émotion. Une belle partition d’acteurs, pour un texte ancré dans un réalisme du quotidien.

Naïm Kattan, juif de Bagdad émigré à Montréal, pionnier de la défense de la langue française, citoyen du monde éloigné du confort des certitudes, s’efforce dans son œuvre de laisser voir la diversité et la richesse des rapports humains et des cultures. Avant la cérémonie explore les déchirures identitaires à travers celles de la famille, lorsque la séparation des parents demeure inexpliquée et laisse sans réponses des questions essentielles. Ben et Ruth sont sur le point de se marier. L’absence du père a marqué leur enfance à tous deux. Celui de Ben est parti alors qu’il avait cinq ans, il a grandi avec sa mère Rivka et a revu son père une seule fois juste avant sa mort. Quant au père de Ruth, il vit en Israël et elle ne l’a pas vu depuis vingt ans. Ses parents s’étaient installés en Israël lorsqu’ils étaient tout jeunes, sa mère Myriam s’était lassée de la vie dans ce “désert“ et était rentrée à Montréal avec sa fille Ruth, alors âgée de huit ans. Avant le mariage, Ben est allé chercher son beau-père David en Israël pour qu’il rencontre sa fille et que la parole libère enfin les secrets enfouis et les blessures de l’enfance, et affranchisse la jeune fille de ses interrogations paralysantes.

De l’incompréhension au dialogue

La mise en scène de Florence Camoin se concentre sur la direction d’acteurs, et l’ensemble des comédiens joue une partition délicate, avec des pointes d’humour. Rien d’appuyé ou de solennel : des relations ancrées dans un réalisme du quotidien et une certaine finesse psychologique, la langue elle aussi est dans l’imitation du réel, reflétant une vérité qui se dessine petit à petit. Un intérieur banal, avec canapés plutôt bon marché, étagères, livres et quelques signes évoquant la tradition juive. Des retrouvailles émues entre le père et la fille, et beaucoup plus tendues entre le père et la mère. Comment mettre en mots les désaccords et les rancoeurs ? Le dialogue, chargé de tensions et de non-dits, d’aveux et d’amertume, est centré sur la définition de l’identité juive et le rapport des juifs à Israël, à multiples facettes, allant du rejet inconditionnel à l’adhésion inconditionnelle. « Un pays ne remplace pas une identité », dit Ruth, interprétée très justement par Yaël Elhadad. Est-ce simplement autour de valeurs religieuses ou profanes à partager ou non et du rapport à la terre que se sont divisés ses parents ? Ruth demande des réponses. L’incompréhension doit laisser place à la parole. Rufus interprète le père avec sobriété, avec une émotion contenue très convaincante. Michelle Brûlé est Myriam, entre tension et tendresse. La musique de Christine Kotschi et les chants en hébreu de Mitchélée laissent entendre des bribes de prière et de tradition. Les questionnements soulevés par la pièce, toujours actuels, laissent voir en filigrane les tensions entre une actualité israélienne souvent militaire et meurtrière et une tradition juive humaniste et généreuse, qui a voulu donner naissance à un Etat juif synonyme d’espoir et de paix.

Agnès Santi


Avant la cérémonie de Naïm Kattan, mise en scène Florence Camoin, les 7 et 8 avril au Théâtre de Saint-Maur, 20 rue de la Liberté, 94 Saint-Maur, tél : 01 48 89 99 10.

A propos de l'événement



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