La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Andromaque

Andromaque - Critique sortie Théâtre
Crédit Photo : photo Christophe Raynaud Légende : « Andromaque, mise en scène par Muriel Mayette à la Comédie-Française. »

Publié le 10 novembre 2010

Muriel Mayette signe la nouvelle mise en scène d’Andromaque présentée Salle Richelieu, à la Comédie-Française. Une mise en scène faite d’intériorité et de fulgurances, au sein de laquelle les personnages de Jean Racine, comme face au vide, chantent « l’histoire de l’impossible changement du monde ».

Les uns et les autres apparaissent, s’avancent, s’immobilisent et disent, marchent et se déplacent comme à travers une forme d’errance, le regard projeté dans un vide au bord duquel ils se risquent, au bord duquel ils se penchent. S’appuient-il, parfois, sur les hautes colonnes de cet espace à la verticalité monumentale afin d’échapper à un vertige qui pourrait les précipiter vers l’abîme ? Ils sont là, Andromaque, Pyrrhus, Hermione, Oreste, Pylade, Cléone, Céphise, Phœnix, face au monde comme face à eux-mêmes, au plus vaste de leur intériorité, ravagés par la guerre qui a tout anéanti. Des âmes révulsées qui semblent n’avoir plus qu’un pied dans l’existence, des figures spectrales bien que résolument charnelles, des corps qui se dressent et composent une chaine d’amour et de pouvoir à sens unique. Oreste aime Hermione, qui aime Pyrrhus, qui aime Andromaque, qui ne pense qu’à son enfant et qu’à Hector, son époux défunt. Nous connaissons la suite. Et pourtant, la mise en scène que présente aujourd’hui Muriel Mayette sur le plateau de la Salle Richelieu réinvestit cette histoire de façon hautement singulière.
 
Des corps debout dans le vent
 
Une « histoire de l’impossible changement du monde », comme l’envisage l’administrateur général de la Comédie-Française dans sa note de mise en scène, un « chant des morts » qui s’élève à la façon d’un oratorio théâtral mettant en présence des « corps debout dans le vent », des êtres tourmentés « qui se battent en alexandrins ». Sans jamais vraiment se faire face, ou alors le temps d’un simple mouvement de visage, d’un croisement fugace du regard, Cécile Brune (Andromaque), Eric Ruf (Pyrrhus), Céline Samie (Céphise), Léonie Simaga (Hermione), Clément Hervieu-Léger (Oreste), Stéphane Varupenne (Pylade), Suliane Brahim (Cléone, rôle joué en alternance par Julie-Marie Parmentier) et Aurélien Recoing (Phoenix) s’éloignent des stéréotypes habituellement liés aux rôles qu’ils interprètent pour composer une proposition dont les airs faussement classiques finissent par révéler un spectacle beaucoup plus aventureux qu’il n’y paraît. Chacun renvoyant à des couleurs et des textures variées, les Comédiens-Français composent une représentation parcourue d’éclats et de fulgurances intérieures. Une représentation à la fois austère et profondément inspirée, à travers laquelle Muriel Mayette signe l’une de ses mises en scène les plus touchantes et les plus personnelles.
 
Manuel Piolat Soleymat


Andromaque, de Jean Racine ; mise en scène de Muriel Mayette. Du 16 octobre 2010 au 14 février 2011, en alternance. Matinées à 14h, soirées à 20h30. Comédie-Française, Salle Richelieu, place Colette, 75001 Paris. Renseignements et location sur www.comedie-francaise.fr ou au 0825 10 16 80 (0,15 € TTC la minute). Durée de la représentation : 2h.

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