La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Andromaque

Andromaque - Critique sortie Théâtre Chambéry Espace Malraux
Anne Sée, gardienne de la mémoire d’Hector dans Andromaque. Crédit photo : Michel Zoladz

Tournée en France / De Jean Racine / mes Frédéric Constant

Artiste associé à la Maison de la Culture de Bourges, Frédéric Constant y crée Andromaque, l’inscrivant dans un cycle consacré à l’interminable histoire de la guerre. Une intéressante proposition qui exacerbe la tragédie.

La paix n’est qu’une pause dans le flux incessant des conflits, l’occasion du repos des guerriers, le temps pour faire des enfants, afin d’élever de futurs soldats et pour reconstruire ce qu’on pourra bientôt à nouveau détruire. Fort du constat historique de cette réalité meurtrière continuelle, Frédéric Constant et son équipe ont imaginé un projet en quatre chroniques. Après Tableau autour de G, Iliade moderne ravivant le souvenir de la guerre de Troie, Eneas, neuf, composé autour de la figure des exilés, vient Andromaque, qui sera suivie d’Astyanax voit rouge, rêverie autour des interrogations de l’héritier d’Hector. En choisissant d’inscrire ainsi la tragédie classique au sein de trois créations contemporaines autour du thème de la guerre, Frédéric Constant infléchit sa lecture. Andromaque est une guerrière (la hiératique Anne Sée lui offre une sévérité impressionnante), gardienne de la mémoire d’Hector et des cendres de Troie. Pyrrhus est un militaire que le retour à la vie civile a adouci, mais qui rêve de continuer à fouailler le corps troyen avec le fer de la paix qu’est son sexe. La politique est la continuation de la guerre par d’autres moyens : il propose son bras à Andromaque et promet son soutien à Astyanax, tout en sachant qu’il devra en découdre avec les Grecs, et, semble-t-il, en le désirant.

Une tragédie en forme de leçon de ténèbres

La très belle scénographie de Denis Fruchaud et Marion Gervais, remarquablement éclairée par Jérôme Allart et sonorisée par Christine Moreau, suggère l’omniprésence militaire, à la fois souvenir et menace sanglants. Frédéric Constant choisit d’installer la tragédie dans les années 20, entre le diktat humiliant du Traité de Versailles et les massacres vengeurs à venir : les balles sifflent comme des serpents au moment de la folie d’Oreste, dont la raison vacille en même temps que les murs du palais de Pyrrhus. Tous les comédiens prennent le parti de la dureté : implacable Hermione de Catherine Pietri, Oreste (excellent Franck Manzoni) en soudard brutal des Hellènes, venu réclamer la vie d’un enfant, Pyrrhus (subtil Frédéric Constant), qui oscille entre le désir de posséder Andromaque comme ce qu’il reste d’Hector et celui de reprendre ses armes en conquérant sa veuve. La tragédie en est rendue plus cruelle encore, et ses héros semblent d’autant plus misérables d’apparaître ainsi cruellement sanguinaires et brutaux. L’ensemble compose un spectacle très intéressant en ce qu’il renouvelle l’intemporel tragique en lui offrant un fond historique ténébreux.

Catherine Robert

A propos de l'événement

Andromaque
du Mercredi 26 mars 2014 au Vendredi 11 avril 2014
Espace Malraux
67 Place François Mitterrand, Carré Curial, 73001 Chambéry.
Le 26 mars 2014 à 20h30 et le 27 à 19h30. Tél. : 04 79 85 55 43. Théâtre de la Croix Rousse, Place Joannes Ambre, 69004 Lyon. Du 1er au 11 avril. Du mardi au vendredi à 20h ; le samedi à 19h30 ; le dimanche à 15h. Durée : 3h avec entracte. Spectacle vu à la Maison de la Culture de Bourges.
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