La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Algéria, de miel et de braise

Algéria, de miel et de braise - Critique sortie Théâtre
La conteuse (Catherine Gendrin) sait enchanter son public.

Publié le 10 février 2009

Grâce à l’art maîtrisé d’une parole poétique engagée, la conteuse Catherine Gendrin se penche avec délicatesse sur l’Algérie, son histoire, ses légendes, ses excès terroristes et sa lumière solaire.

C’est en allant à la rencontre de l’Algérie que la voyageuse Catherine Gendrin a trouvé l’inspiration de son dernier spectacle, Algéria, de miel et de braise. Le propos sur la scène est non seulement tissé de fictions racontées par les habitants du cru et réinventées par l’artiste, mais il est confectionné aussi d’histoires vraies entrecroisées de légendes traditionnelles. Le public adhère à ce patchwork miroitant de discours enchâssés entre une petite fille et sa grand-mère, versée dans l’art de raconter. Les contrées lointaines, perdues dans le temps et l’espace de l’Orient avec ses oasis et ses déserts, subjuguent l’écoute. Ces voix de femmes dépassent l’enfermement et l’intolérance que leur impose une famille patriarcale – un père et  des frères obsédés par le code de l’honneur – : elles sont « les tapageuses qui n’ont pas de frontière, pas de race, pas de religion », préférant rejeter le « barbelé » autour du cou. C’est avec la solidité de cette étoffe singulière, filée de couleurs et de songes, magnifiée de sultans et de princesses aux parfums de fleurs d’orangers, que se déroule le tapis des mots à l’oreille de la fillette. Dix ans plus tard, elle fait l’expérience de l’horreur terroriste islamiste.

Des chants kabyles et berbères rythment l’aventure scénique

Violées, sa mère et ses soeurs sont massacrées. Restent son père et elle-même, tendue par la relation affective nouée depuis l’enfance avec son grand-père. Elle sera institutrice, comme le rêvait l’Ancien : c’est une jeune femme reconstruite à force de volonté et de ténacité, apte à transmettre la dignité respectée des siens, un peuple qui a fait barrage à ses loups. La révolte face à la barbarie menaçante est tangible pour les militants et intellectuels pourchassés – écrivains, journalistes, enseignants – pendant les dix années qui enjambèrent le deuxième millénaire. La voix enregistrée d’un compatriote résistant aux fanatismes en ne quittant pas son pays, dénonce la terreur. Partir d’Algérie, c’est céder la place aux extrémistes, et rester, c’est déjà résister. La petite fille a grandi et la paix est revenue après les troubles religieux et les massacres. Des chants berbères rythment l’aventure scénique, interprétés un peu approximativement par la conteuse qui visite les méandres suaves des intonations rauques de la langue arabe. À la force aveugle, on n’oppose que la poésie, c’est la posture onirique et politique de Catherine Gendrin. Courir après des chimères ne mène à rien, mais l’épopée contée passe entre le chèche déroulé couleur rouge sang d’un cavalier bruyant et le silence du jeu de patience de la femme méditative. Un joli travail composé.

Véronique Hotte


Algéria, de miel et de braise
Écriture et interprétation Catherine Gendrin, mise en scène de Christophe Waïss, du 20 janvier au 4 mars 2009, mardi et mercredi 20h45, dimanche 17h30, au Théâtre Aire Falguière 55, rue de la Procession 75015 Paris Tél : 01 56 58 02 32

A propos de l'événement



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