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Danse contemporaine - Critique

Marcos Morau arrive à Paris avec son flamboyant « Afanador » accompagné par le Ballet Nacional de España

Marcos Morau arrive à Paris avec son flamboyant « Afanador » accompagné par le Ballet Nacional de España - Critique sortie Danse Paris Le Théâtre du Châtelet
Afanador de Marcos Morau par le Ballet Nacional de España.

Théâtre du Châtelet / Chor. Marcos Morau / Ballet Nacional de España

Publié le 20 février 2026 - N° 341

Au Grand Théâtre de Provence, Marcos Morau explore les liens entre le chorégraphique et le photographique dans cette pièce majeure, sorte d’hommage intense et décalé au flamenco avec les quarante artistes du Ballet Nacional de España. Un spectacle flamboyant.

Créé en 2023 pour le Ballet national d’Espagne, Afanador de Marcos Morau s’impose comme une fresque visuelle d’une intensité rare. Inspirée par les photographies en noir et blanc de Ruven Afanador, la pièce transpose sur scène leur puissance plastique : costumes et décors monochromes, éclairages tranchants. Dès l’ouverture, un déferlement sonore et lumineux plonge le spectateur dans un studio photo en mouvement, où les corps deviennent sculptures vivantes. Morau ne reproduit pas le flamenco, il le détourne. Il prélève frappes de pieds, torsions du buste, ondulations des bras, pour les ralentir, les hacher ou les accélérer. La danse oscille entre fluidité et cassure, sensualité glacée et ardeur brûlante. La masse des trente-six interprètes est travaillée comme une matière sculpturale : lignes, frises, essaims se dispersent et se recomposent. L’unisson attendu est fissuré par des décalages et contrepoints, créant une tension permanente entre cohésion et dispersion.

Un flamenco queer

La gestuelle, anguleuse et brute, se nourrit d’obstination, et de rythmes obsédants. Les bras dessinent des volutes soudain figées, les zapateados claquent comme une pulsation organique. Cris, chutes et portés abrupts accentuent une dramaturgie accidentée, traversée de secousses. Les costumes et accessoires traditionnels circulent librement entre hommes et femmes, brouillant les genres dans une logique queer. La musique de Juan Cristóbal Saavedra, mêlant électronique, percussions et voix flamenca, intensifie cette sauvagerie et s’ancre dans la présence des musiciens sur scène. Les danseuses et danseurs du Ballet national d’Espagne portent cette écriture avec une virtuosité impressionnante. Héritiers d’une tradition fondée par Antonio Gades et aujourd’hui dirigés par Rubén Olmo, ils sculptent des images d’une beauté féroce. La pièce se conclut sur un solo d’Olmo, surgissant d’un coffre, torse nu, drapé d’un châle noir qu’il agite comme des ailes. Phénix d’un flamenco régénéré ou vampire d’un art séculaire réveillé par l’ombre de la nuit ?

Agnès Izrine

A propos de l'événement

Afanador
du vendredi 27 mars 2026 au jeudi 2 avril 2026
Le Théâtre du Châtelet
1 place du Châtelet, 75001 Paris

à 20h. Les 28 et 29 à 16h. Relâche dimanche 29 à 20h et lundi 30.

Tél. : 01 40 28 28 40. Spectacle vu au Grand Théâtre d’Aix-en-Provence.

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