La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Avignon - Entretien Laurent Hatat

1942 et 1962

1942 et 1962 - Critique sortie Avignon / 2012

Publié le 10 juillet 2012 - N° 200

Laurent Hatat met en scène HHhH au Théâtre L’Entrepôt, et Les Oranges au Petit Louvre. La Seconde Guerre mondiale, la guerre d’Algérie : deux spectacles inspirés d’événements historiques qui nous questionnent sur aujourd’hui.

« C’est bien de nous, aujourd’hui, et de notre façon de nous laisser toucher pas d’autres vies que la nôtre, dont il est question. »
 
Qu’est-ce qui vous a décidé à adapter au théâtre le roman de Laurent Binet ?
Laurent Hatat : Mon plaisir de lecteur, le sentiment d’être totalement en phase avec le narrateur, avec l’approche intime qu’il propose de ce moment d’Histoire : la planification par Londres, en 1942, à Prague, de l’assassinat du chef de la Gestapo. J’ai été happé par le suspense incroyable autour de cet attentat où rien ne s’est passé comme prévu. J’ai dévoré le roman en deux jours et deux nuits, et j’en ai nourri l’intime conviction de pouvoir transposer ce plaisir à la scène. Un défi.
 
Quels ont été les axes de votre projet d’adaptation et de mise en scène ?
L. H. : J’ai mis en jeu deux jeunes gens d’aujourd’hui. J’ai imaginé l’intimité de ce couple, jusque dans leur lit, la nuit où les hantises et les délires de l’écrivain (joué par Olivier Balazuc) prennent corps. Quid de la vérité, de la fiction, des fantômes par milliers ? Ce grand lit devient un espace de projection où le mouvement graphique du roman en train de s’écrire, les images de fiction, les images d’archives évoquées envahissent tout. Sa compagne (Leslie Bouchet) tente de ne pas céder à la panique devant cette histoire sanglante qui menace de les submerger, jusqu’à la rupture. Puis ce débordement des sens va peu à peu laisser place à une théâtralité plus épurée. L’écrivain va toucher le fond, et le récit héroïque va pouvoir naître. HHhH est une plongée au cœur du processus de création. Je veux faire vivre ce sentiment de trahison qui taraude tout créateur quand, nécessairement, il dépasse son sujet, s’aventure dans la fiction pour nous transmettre ce qui l’anime. HHhH nourrit le débat qui oppose l’appropriation et la transmission de l’Histoire.
 
Vous reprenez également, pour ce festival, votre mise en scène des Oranges, au Petit Louvre.
L. H. : Oui. Voilà une très belle aventure avec Azeddine Benamara, Mounya Boudiaf et le texte d’Aziz Chouaki. Nous avons joué Les Oranges plus de cent fois déjà, et le Théâtre du Nord porte fièrement ce spectacle en Avignon. Je m’en réjouis, car ce texte résonne fort en cette année de cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie.
 
Tout comme HHhH, Les Oranges questionne l’Histoire et la guerre. Cette correspondance est-elle le fruit du hasard ou d’une volonté de creuser ces thématiques ?
L. H. : Les deux écritures sont très différentes avec peut-être, comme point commun, un humour rageur face aux ironies de l’Histoire. Si mes deux spectacles déroulent leur fil à partir de deux dates violentes, 1942 et 1962, ils prennent le présent dans leur rets. C’est bien de nous, aujourd’hui, et de notre façon de nous laisser toucher pas d’autres vies que la nôtre, dont il est question.
 
Propos recueillis par Manuel Piolat Soleymat


Avignon Off. HHhH. Théâtre L’Entrepôt, 1ter, boulevard Champfleuri. Du 7 au 28 juillet, à 13h20 (relâche les 17 et 24). Tél. : 06 26 57 30 53. Les Oranges. Le Petit Louvre, 23, rue Saint-Agricol. Du 7 au 28 juillet, à 15h05 (relâche les 10, 17 et 24). Tél. : 04 32 76 02 79. www.petitlouvre.com.
 
 
HHhH / Théâtre l’Entrepôt / de Laurent Binet / mes Laurent Hatat
Les Oranges / Le Petit Louvre / d’Aziz Chouaki / mes Laurent Hatat

A propos de l'événement



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