Théâtre - Critique

La femme oiseau

L’enfant et la Femme Oiseau. © Laurencine Lot / BM Palazon

Reprise / L’Epée de Bois / texte et mise en scène Alain Batis / à partir de 7 ans

Alain Batis crée La Femme Oiseau pour le jeune public, spectacle pluridisciplinaire qui questionne le sens du désir dans un monde matérialiste. Une ode à la beauté et à la simplicité d’après un conte japonais.  

Un univers calme de neige et de sérénité. Une atmosphère onirique et feutrée. Pour cette création jeune public, Alain Batis s’est inspiré de la légende de La Femme-grue, parfois présente aussi dans le théâtre nô et l’opéra au Japon, qu’il a découverte par ses lectures suite à sa mise en scène de Neige, d’après le roman de Maxence Fermine. La dimension fantastique et surnaturelle est ici inscrite au cœur de la vie des hommes. Tout commence par un prologue suivi d’une mise en abyme.  Yohei se souvient et un flashback fait revivre son incroyable périple.  Au départ il sauve un oiseau blessé par une flèche ; le soir même, il reçoit la visite d’une belle jeune femme, l’Humble Osaku, qui devient sa compagne. Ils vivent modestement et en harmonie à l’écart des bruits du monde et par trois fois, demandant que personne ne la regarde, elle s’enferme en secret pour tisser une étoffe exceptionnelle et d’une très grande valeur qu’il part vendre à la ville. Osaku intrigue et suscite la curiosité, plus ou moins bienveillante. L’histoire interroge la relation à la richesse et le matérialisme de notre monde avide, et souligne la générosité radicale de la jeune femme, sa volonté et son courage, qui s’expriment en toute simplicité. Les incursions dans la ville où sévit le duo clownesque des marchands cupides sont savoureuses. De même, les relations entre la jeune femme et une enfant du voisinage pimentent le récit.

Bel équilibre maîtrisé

Alors que les enfants sont plongés dans un monde où la surenchère devient la norme, formaté par un zapping incessant et une frénétique quête de nouveauté, des créations comme celle-ci au contraire célèbrent la beauté et une certaine lenteur hors du temps. La mise en scène est servie par un bel équilibre bien maîtrisé entre le théâtre, la marionnette, les arts visuels et la musique. A jardin, une harpe et un piano. Les passages chantés sont particulièrement réussis et apportent un supplément d’âme à l’histoire, comme une autre manière de vanter la beauté. Dans des tons élégants de blanc et beige brut, la scénographie évoque un kamishibaï japonais, sorte de théâtre d’images ici grandeur nature, avec portes translucides et pans de décor qui coulissent. La marionnette de l’oiseau, fragile et en papier, plaide aussi contre l’esbroufe. Le spectacle ouvre l’imaginaire vers des contrées lointaines et suscite aussi des réflexions actuelles. Quelles sont les valeurs qui structurent les relations humaines ? Que désirer et pourquoi ? Ces questions peuvent être posées à tout âge !

Agnès Santi

A propos de l'événement

La femme oiseau
du Lundi 9 janvier 2017 au Mercredi 1 février 2017
L’Epée de Bois
Route du Champ de Manoeuvre, 75012 Paris, France

lundi, mardi et mercredi à 20h30, samedi à 16h, relâche le 21 janvier. Tél : 01 48 08 39 74. Durée : 1h10. Spectacle vu à la scène Watteau.


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