Danse - Entretien / Hofesh Shechter

Grande Halle de la Villette / chor. Hofesh Shechter

Grand Finale

Publié le 26 mai 2017 - N° 255

Le Théâtre de la Ville hors les murs invite la toute nouvelle création d’Hofesh Shechter. Un événement.

Crédit : Cictor Frankowski
Légende : Hofesh Shechter livre en première mondiale à Paris son Grand Finale.
Crédit : Cictor Frankowski Légende : Hofesh Shechter livre en première mondiale à Paris son Grand Finale.

Vous avez l’habitude d’immerger le public dans des univers et des sensations très forts. Qu’en est-il de cette pièce ?

Hofesh Shechter : J’aime essayer de capturer le sens du temps, en essayant de le tordre. Alors les images et les sentiments font écho à quelque chose du chaos qui nous entoure. Dans le spectacle nous nous autorisons à nous laisser emporter par les images et les émotions. Que le spectacle porte plutôt dans telle ou telle direction, c’est en fonction de chacun. C’est vrai aussi pour la vie…

« J’essaye d’être en alerte et poreux à ce qui se passe autour et à l’intérieur de moi. »

Pour cette pièce, avez-vous choisi un angle spécifique pour observer le monde, économique, politique, écologique, social ?

H. S. : Pour moi, la danse est une forme qui essaye de capturer et distiller tout ce que peut ressentir l’humain, ce que je ressens moi-même et à l’intérieur de mon environnement avec les danseurs. En fait c’est très simple ! J’essaye d’être en alerte et poreux à ce qui se passe autour et à l’intérieur de moi. Je ne dirais pas que cette pièce relève d’un traitement social ou politique direct, mais elle découle de l’observation de ce qui se passe dans le monde autour de nous. Il y a des craintes, de la confusion, du chaos, mais aussi un sens déraisonné de l’espoir. J’aime que le public, tout comme nous, puisse se connecter à cette confusion.

Quelles sont les méthodes de travail habituelles et les nouvelles pistes que vous développez avec vos dix danseurs ?

H. S. : Quand je suis en période de création, on passe de nombreuses journées à travailler sur le matériau du mouvement. J’arrive au studio avec des ébauches de musiques et un carnet de notes plein d’images et d’idées, et c’est mon point de départ pour trouver une direction ou une ambiance pour le mouvement. J’ai besoin de sentir qu’il vient d’un endroit dont je me soucie, et cela prend du temps de le trouver. J’improvise également avec les danseurs pour trouver un nouveau matériau. J’aime travailler différemment pour chaque nouveau spectacle. Cette fois-ci, nous avons beaucoup exploré le travail du contact pendant les répétitions. Je m’intéresse à l’énergie et à la complexité que cela apporte, et à la façon dont cela pousse le groupe à travailler dans une proximité toujours plus grande. Je vois la chorégraphie du groupe comme une symphonie. Les mouvements, qu’ils soient à l’unisson ou en différentes couches, énergies ou qualités, doivent tous s’accorder ensemble. Une fois que vous les avez vus et entendus tous ensemble, cela provoque une impression très puissante, et ceci reflète aussi la façon dont je considère la danse.

Vous allez jouer à La Villette, où l’on a vu précédemment Political Mother. Comment allez-vous habiter cet espace particulier, notamment avec la musique ?

H. S. : La Villette est un lieu incroyable, flexible et réceptif. Quand on a joué Political Mother: The Choreographer’s Cut, nous avions une fosse pour suggérer un concert de rock. Pour Grand Finale, il y a une installation adaptable et un petit groupe de musiciens qui se déplacent ; les grandes scènes d’ensemble donneront l’impression que l’espace se dilate, tandis que les scènes plus intimes se dérouleront comme dans une petite pièce. Pour moi, ce qui importe est de connecter le public à l’espace à un niveau émotionnel et humain. J’espère que cela se produira, simplement, à travers le mouvement et la musique.

Votre démarche artistique globale dégage de la gravité mais aussi une formidable énergie vitale. Quel genre d’homme êtes-vous ? Optimiste, résigné, confiant en l’humanité ?

H. S. : Je suis un pessimiste absolu. Je crois que nous n’avons pas la possibilité de faire quoi que ce soit de bon pour notre monde. Ce que je trouve intéressant cependant, c’est la beauté qui se niche dans la difficulté à accepter une telle réponse. Cela raconte quelque chose de la beauté et de la puissance de l’esprit humain.

 

Propos recueillis par Nathalie Yokel

A propos de l’évènement
Grand Finale
du 14 juin 2017 au 24 juin 2017
Grande Halle de la Villette
211 Avenue Jean Jaurès, 75019 Paris, France

à 20h30. Tél. : 01 42 74 22 77.


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