Théâtre - Critique

Comparution immédiate, une justice sociale ?

Bruno Ricci dans Comparution immédiate. Crédit : Eric Didym

Théâtre du Rond-Point / de Dominique Simonnot / mes Michel Didym

Guidé par Michel Didym, Bruno Ricci interprète le texte composé à partir des chroniques judiciaires de la journaliste Dominique Simonnot. Portrait incisif et décapant d’une institution à bout de souffle.

« Messieurs, il se coupe trop de têtes par an en France. Puisque vous êtes en train de faire des économies, faites-en là-dessus. », disait Victor Hugo, s’adressant aux parlementaires de son temps à la fin de Claude Gueux. On connaît l’adage attribué au tonitruant défenseur des misérables : ouvrir des écoles pour fermer des prisons. Aux parlementaires d’aujourd’hui, toujours soucieux de modération budgétaire, il faudrait suggérer d’ouvrir aussi des hôpitaux psychiatriques, des centres de désintoxication et des établissements pour soutenir et protéger tous ceux que la maladie, la folie, le dénuement ou le désespoir conduisent devant les gens de robe. Chroniqueuse judiciaire pour Libération puis pour Le Canard enchaîné, Dominique Simonnot a particulièrement rendu compte des audiences de comparution immédiate, où défilent les représentants les plus tristement sordides et les plus dramatiquement ordinaires de la misère humaine. Pas de VIP raffinés qu’on met à l’abri dans des quartiers réservés, pas d’Arsène Lupin élégant, pas de criminels sidérants de cruauté face aux juges des affaires évoquées dans ce spectacle. Des petits, sans foi avant d’être sans loi, des paumés, des drogués, des cogneurs anciens cognés, des décrochés auxquels on reproche d’avoir lâcher prise, des psychotiques, des dépressifs, des alcooliques et des crève-la-faim.

Ni rire, ni pleurer, mais comprendre

Autant dire qu’une telle galerie de personnages aurait permis de sombrer dans le pathos le plus obscène. Miracle de la mise en scène et de l’interprétation : le spectacle s’en garde avec une éblouissante dignité, en évitant aussi l’autre écueil attendu, celui du ricanement détaché du « citoyen sans reproche » (telle est l’ultime adresse du texte) qui, évidemment, ne connaîtra jamais le tribunal et encore moins la prison. Bruno Ricci avance en funambule adroit sur le fil de la distanciation, entre incarnation et commentaire. Il parvient, par son jeu, à ne pas juger ceux qu’il évoque, comme pour éviter d’ajouter l’eau bavarde des pleurs ou les crachats de l’invective au moulin de l’injustice. Si magistrats, avocats et greffiers paraissent dépassés, harassés, parfois ridicules, c’est en adepte de Daumier que Bruno Ricci les croque, dans leur humanité défaillante qui est au fond la même que celle des accusés. Il ne s’agit pas de condamner les hommes, dans ce texte et avec ce spectacle, mais de dénoncer les égarements et l’incurie de l’institution judiciaire, qui manque de temps et de moyens, et son incapacité à remplacer ceux qui auraient dû agir avant que ne tombe le couperet de la condamnation. « Ni rire, ni pleurer, ni haïr, mais comprendre », disait Spinoza. Voilà ce à quoi s’emploie magistralement ce spectacle.

Catherine Robert

A propos de l'événement

Comparution immédiate, une justice sociale ?
du Mercredi 27 septembre 2017 au Dimanche 22 octobre 2017
Rond Point
2bis Avenue Franklin Delano Roosevelt, 75008 Paris, France
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