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Théâtre - Critique

Yuval Rozman crée « Au nom du ciel » et prend de la hauteur, entre veine comique audacieuse et analyse d’un meurtre qui fit scandale

Yuval Rozman crée « Au nom du ciel » et prend de la hauteur, entre veine comique audacieuse et analyse d’un meurtre qui fit scandale - Critique sortie Théâtre Paris Le Centquatre
Au nom du ciel de Yuval Rozman CR : Frédéric Iovino

Le Centquatre-Paris/ Texte et mise en scène de Yuval Rozman

Publié le 18 décembre 2025 - N° 339

Rire en évoquant le conflit entre Israël et la Palestine constitue aujourd’hui un exercice acrobatique. Avec brio, Au nom du ciel, imaginé par Yuval Rozman, y parvient, revenant sur la mort en 2020 d’un jeune palestinien autiste tué à Jérusalem par les gardes-frontières israéliens, à travers le pépiement joyeux des oiseaux.

Dans le ciel, il y a ces dieux invisibles aux noms desquels les hommes ont pris la sale habitude de se faire la guerre. Mais aussi des oiseaux qui nous regardent de haut. C’est de leur point de vue, libre et aérien, que Yuval Rozman a construit son spectacle créé au Phénix à Valenciennes dans le cadre du festival Next. Sur scène, un bulbul, un drara et un martinet noir. Le premier, interprété par Gaël Sall, est originaire des territoires du Proche-Orient. Le second, qu’incarne  Cécile Fiséra, colonise ces contrées depuis les années 60, une sorte d’espèce invasive. Le troisième, qui ne dort jamais que d’une oreille, migre chaque année vers l’Afrique. Il est joué par Gaëtan Vourch, lunaire et flegmatique interprète révélé par les spectacles de Philippe Quesne. Tous trois dans les beaux costumes créés par Julien Andujar, se baladent dans les airs grâce à un système de cordes, de contrepoids et de poulies, et se posent parfois entre un nid géant et une méga boîte à Kebab qui se transformera, une fois ouverte, en palais de justice.  Et c’est là, sur notre vieille terre ferme – sur le plateau – qu’ensemble, entre vannes, vacheries et discussions oiseuses, les trois oiseaux cherchent à savoir ce qui est vraiment arrivé à Iyad Al-Hallaq, autiste palestinien de 32 ans tué le 30 mai 2020 à Jérusalem Est par la police israélienne.

S’affranchir de la gravité du sujet

Yuval Rozman est arrivé en France, il y a environ 15 ans, d’Israël. Ses spectacles, toujours surprenants, traitent tous, de près ou de loin, plus ou moins directement, de la situation de son pays natal et de ses habitants. Dans le contexte actuel, on connaît la difficulté de cette entreprise. Mais avec une audace un peu folle, Yuval la dépasse, en rigole, par l’entremise de ces volatiles qui lui permettent de s’affranchir de la gravité du sujet tout en le considérant avec grand sérieux. Ainsi, s’affrontant sur la responsabilité réelle des soldats israéliens dans la mort de ce jeune autiste, devenu en Israël une figure emblématique des violences de l’armée, les piafs retraversent témoignages et infos délivrées par les journaux et autres caméras de surveillance, comme le ferait un documentaire, tout en blaguant dans une atmosphère de vieux potes qui se charrient autant qu’ils s’aiment dans le fond. Entre adresses au public de Gaël Sall, ambianceur sans pareil, blagues parfois graveleuses et clashs à balles réelles, nos volatiles passent sans transition, et le spectateur avec eux, du rire franc au politique, à l’émouvant, comme si, au-delà de nos différences, une certaine légèreté pouvait rapprocher, comme si, à l’ère du campisme, ces drôles d’oiseaux, étaient assez libres, là-haut, pour reconfigurer nos territoires de pensées.

Eric Demey

A propos de l'événement

Au nom du ciel
du mardi 13 janvier 2026 au samedi 17 janvier 2026
Le Centquatre
5 rue Curial, 75019 Paris

à 20h, le 17 janvier à 18h. Tél : 01 53 35 50 00. Durée : 2H. Spectacle vu au Phénix à Valenciennes dans le cadre du Next Festival.

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