La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Jazz / Musiques - Entretien

Xavier Lemettre

Xavier Lemettre - Critique sortie Jazz / Musiques

Publié le 10 mars 2010

« La musique n’est pas une marchandise »

Le directeur du festival Banlieues Bleues revient sur les objectifs et les grandes lignes de cette 27e édition, ainsi que sur les dangers qui planent sur le monde de la culture.

Quelle est la vocation du festival ?
Xavier Lemettre : Toucher le plus large public tout en proposant des concerts de haute qualité, exigeants, mais dans le bon sens du terme. Au début, il s’agissait de faire des concerts là où il n’y en avait pas, dans une quinzaine de villes de Seine-Saint-Denis. Très vite, on a voulu ouvrir nos portes à tout un public qui ne serait pas venu a priori assister à des concerts de jazz. Depuis vingt ans, les actions musicales, par exemple, touchent autant de gens que les concerts. Et les artistes s’impliquent avec beaucoup de sérieux dans ces projets qui sont devenus des moments importants dans la vie des collèges, des lycées, des quartiers, des associations…
Cela veut-il dire que les salles sont pleines ?
X. L. :Oui, même si ce n’est jamais non plus gagné d’avance. C’est un nouveau pari chaque année. En France, on fonctionne beaucoup par étiquettes : il y a des publics pour le rock, d’autres pour le jazz… et ça ne se mélange pas trop. L’idée, c’est justement de faire circuler beaucoup plus les œuvres et les publics : cela permet un brassage des esthétiques qui existe déjà chez les musiciens. C’est encore plus important aujourd’hui qu’hier de montrer que la musique n’est pas une marchandise : on n’est pas en train de vendre des yaourts avec tel goût pour tel public. On peut être très surpris à Banlieues Bleues parce que ce n’est pas le jazz tel qu’on l’imagine : il y en a pour tous les goûts. On vient pour Rokia Traoré et on va découvrir les Digital Primitives, et vice-versa !
 
 
« On peut être très surpris à Banlieues Bleues parce que ce n’est pas le jazz tel qu’on l’imagine »
 
Mais vous donnez des impulsions. L’an dernier c’était La Nouvelle-Orléans. Et cette année ?
X. L. :L’an dernier, c’était exceptionnel. En général les axes principaux se dessinent au fur et à mesure que nous avançons dans la programmation. On n’a pas eu tant de chanteuses que ça à Banlieues Bleues alors que le jazz est redevenu un peu à la mode ces dernières années grâce à des chanteuses très grand public. Les voix qui viennent cette année ne sont pas des chanteuses de jazz standard, c’est autre chose. Cristina Zavalloni mélange du baroque, du contemporain et Aznavour ! C’est très original et en même temps, c’est une vraie chanteuse de jazz. Chacun, en regardant le programme, peut trouver ses propres axes en fonction de ses goûts.
 
Dans le contexte de la réforme des collectivités territoriales, dans quelle mesure ce festival peut-il changer ?
X. L. :On compte partager avec le public le débat qui se décide en ce moment au niveau politique. Cette réforme remet en cause très profondément le financement du service public de la culture. Il n’est pas question de légères réductions, il s’agit de quelque chose de très conséquent, avec des répercussions immédiates. On est déjà dans un système très contraint et la moindre baisse de financement peut avoir des conséquences irréversibles, la situation est grave et c’est un sentiment partagé par tout le milieu en ce moment. Il ne s’agit pas de refuser les réformes, mais là on s’attaque à un grand nombre d’emplois, de spectacles et à des structures. Et si demain, tout s’arrêtait, qu’en penserait le public ?

Propos recueillis par Jean-Luc Caradec et Mathieu Durand


Spécial Banlieues Bleues

Et aussi 
Le festival séquano-dionysien commencera sur les chapeaux de roue le vendredi 12 mars à Saint-Ouen avec deux figures captivantes : le saxophoniste des Jazz Passengers, Roy Nathanson, escorté de son sublime et plus intime Sotto Voce ; et le maître de la « Conduction », Butch Morris, qu’il est toujours très impressionnant de voir en direct à la tête d’une de ses « improvisations dirigées ». Autre figure historique, le trompettiste Jacques Coursil sera le 19 mars à Pierrefitte-sur-Seine pour présenter son nouvel et splendide album “Trails of Tears”. Dépaysement et aller-retour entre Istanbul et New York avec le projet aux sonorités électro « Istanbul Sessions » du saxophoniste Ilhan Ersahin (nouvel album chez Discograph) avec Eric Truffaz le 13 mars à Aubervilliers. Le 26 mars, le public de Stains risque de vivre un grand moment avec le violoncelliste Didier Petit en solo car sa version du Don’t Explain de Billie Holiday vaut son pesant d’or. Quatre jours plus tard à Bobigny, encore une soirée de haut vol avec le funambule de la voix, Beñat Achiary dans son hommage à Federico Garcia Lorca et le clarinettiste flamboyant Denis Colin avec sa surpuissante Société des Arpenteurs. Le 2 avril, le jazz « made in France » sera à l’honneur à Aulnay-sous-Bois avec un duo alléchant entre le saxophoniste Julien Lourau et le pianiste Bojan Z. Les fans de Jim Jarmusch ont déjà noté cette date sur leur calepin : le 3 avril, Epinay-sur-Seine accueillera Mulatu Astatke, l’un des maîtres du jazz éthiopien. 

MD/JLC


 
Banlieues Bleues : du 12 mars au 16 avril en Seine-Saint-Denis. Tél. 01 49 22 10 10. Site : www.banlieuesbleues.org

A propos de l'événement

Spécial Banlieues Bleues


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