La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Vu du pont

Vu du pont - Critique sortie Théâtre Paris Odéon – Ateliers Berthier
Charles Berling et Pauline Cheviller dans Vu du pont. Crédit photo : Thierry Depagne

Reprise / Odéon-Ateliers Berthier / d’Arthur Miller / mes Ivo van Hove

Ivo van Hove crée la version française de sa mise en scène de Vu du pont. Entre colère et érotisme, défi et dépit, les passions s’exacerbent jusqu’à un point d’incandescence éblouissant.

La scénographie de Jan Versweyveld installe le public dans la situation que suggère le titre de la pièce d’Arthur Miller : la scène est comme vue du pont, celui de Brooklyn, qui permet de plonger sur le quartier de Red Hook et d’observer la vie de ceux qui vivent dans les bas-fonds de New York. L’installation trifrontale des gradins en surplomb, et la boîte qui s’ouvre et se ferme sur les immigrés italiens qui gagnent le pain du rêve américain en trimant sur les docks, sont saisissantes. On observe la tragédie, qui paraît d’autant plus inéluctable que ses protagonistes sont enfermés dans la cage de leurs affects. Entre Eddie et les siens, se tient l’avocat Alfieri (Alain Fromager, remarquable de justesse et d’empathie), qui sert lui aussi de pont entre le pays dont il a choisi de servir la loi et ses compatriotes immigrés qui se débattent entre rêve d’ascension sociale et réalité sordide, loi des hommes et loi du sang. Mais aucun pont ne résiste lorsque gronde le torrent des égarements : Eddie a quitté son lit pour le laisser aux cousins italiens, et comme une rivière tumultueuse, ses affects débordent sur les rives jusqu’alors paisibles du cours de son existence.

Un drame à hauteur de tragédie

Charles Berling est Eddie : un bloc tout en fêlures. Remarquablement dirigé par Ivo van Hove, le comédien interprète la victoire de la folie sur la bonté avec une précision et une intelligence psychologique confondantes de vérité. Le corps maladroit sous la caresse et brutal dans les coups, Berling offre une élégance bougonne au colosse aux pieds d’argile que renverse le trop-plein d’amour qu’il a pour Catherine, l’enfant qu’il ne supporte pas de découvrir femme pour un autre. Caroline Proust (Béatrice) et Pauline Cheviller (Catherine), la sage et la folle, la mère et la fille, l’oblative et la conquérante, magnifient la polarisation des affects qui fait osciller et affole Eddie, qui ne sait plus à quel sein se vouer. Nicolas Avinée, Pierre Berriau, Frédéric Borie, Laurent Papot offrent à la bande qui entoure le drame d’Eddie une authenticité hors afféteries folkloriques (les costumes et le jeu évitent la reconstitution caricaturale) et haussent les protagonistes de cette course à la mort au rang de héros tragiques. Ivo van Hove (dont la science de la mise en scène irradie dans chaque geste et chaque adresse, jusqu’au génie dans les derniers mouvements) offre un très grand moment de théâtre avec cette pièce. Il en universalise le propos, dont la portée politique est d’autant plus aiguisée : ce qu’elle ausculte des difficultés à immigrer et à accueillir l’autre en sa famille, en son pays et en son cœur sonne aujourd’hui comme

Catherine Robert

A propos de l'événement

Vu du pont
du Mercredi 4 janvier 2017 au Samedi 4 février 2017
Odéon – Ateliers Berthier
1 Rue André Suares, 75017 Paris, France

du mardi au samedi à 20h, dimanche à 15h. Tél : 01 44 85 40 40. Durée : 2h.


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