La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Urbik/Orbik

Urbik/Orbik - Critique sortie Théâtre
Légende : Le théâtre de science-fiction d’Urbik/Orbik Crédit photo : Siegrfried Marque

Publié le 10 janvier 2012 - N° 194

Le théâtre s’intéresse rarement à la science-fiction et c’est bien dommage. Urbik/Orbik, nouvelle création de la compagnie Haut et Court, donne en effet à penser que les deux genres sont intimement liés.

Quelle différence  y-a-t-il entre le grand théâtre du monde fait de songes et de mensonges qu’arpentent les héros de Shakespeare et le monde parallèle en forme de toile virtuelle tentaculaire qu’habitent les personnages de Matrix ? La confondante réversibilité du réel en illusion est bien constitutive du théâtre, autant que de la science-fiction, et l’on s’étonne à la vue d’Urbik/Orbik que ce cousinage n’ait pas davantage été exploité. La science-fiction reste en effet majoritairement propriété du roman, du cinéma ou plus récemment des jeux vidéo. La faute peut-être à la difficulté de développer sur scène des effets spéciaux que le théâtre à machines baroque avait pourtant largement popularisés. Depuis ses débuts de metteur en scène, Joris Mathieu a orienté ses recherches dans ce sens, du côté d’un théâtre visuel, immersif, qui s’empare des moyens modernes pour jouer sur les perceptions du spectateur. A l’origine sans appétence particulière pour la science-fiction, il a trouvé là un terrain de jeu naturel à la poursuite de ses recherches autour d’une esthétique qui combine les ressources les plus pointues de la technologie et l’intemporelle matière du spectacle vivant.

Frottement entre la technique et le vivant
Au centre d’Urbik/Orbik : le personnage de Philip K.Dick, écrivain américain de science-fiction, connu notamment pour les adaptations cinématographiques de ses oeuvres (Blade Runner ou Minority Report pour ne citer qu’elles). En mélangeant ses œuvres et sa biographie, Joris Mathieu, avec l’aide de Lorris Murail, a construit un texte de science-fiction, version anticipation, qui repose sur le concept de micromondes, sortes de trouées dans l’univers du réel, qu’un auteur et son ami inventent, avant de s’en retrouver dépossédés par l’Etat. Sur scène, projections et jeu théâtral se mêlent à tel point qu’il devient difficile de distinguer qui est en jeu, de l’acteur ou de son image, du personnage ou de son clone, et les archétypes du genre  de la science-fiction défilent – monde parallèle, menace d’extinction de l’univers, oppression de l’individu par l’Etat, combat de l’Homme et de la machine…. – au gré d’une narration qui voit le personnage central de l’écrivain dépassé par ses propres inventions. Le résultat visuel est impressionnant, l’esthétique réellement singulière, mais pour cette deuxième représentation, le frottement entre la technique et le vivant a trop souvent tourné à l’avantage du premier dans une immersion un peu ouatée. Qu’importe. Il y a là un territoire que Joris Mathieu défriche avec audace et inventivité dans un spectacle résolument original, et une voie nouvelle qui ne demande qu’à être approfondie.

Eric Demey


Urbik/Orbik de Joris Mathieu, vu lors de sa création à la Comédie de Caen. Du 31 janvier au 18 février au Théâtre Monfort, 106 rue de Briançon, Paris 15ème. Tél : 01 56 08 33 88.

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