La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Shakespeare de Fracas et de Furie

Shakespeare de Fracas et de Furie - Critique sortie Théâtre
Photo : Tristan Jeanne-Valès Cassio (Sandra Devaux) et Desdémone (Fabienne Guérif) dans leur intimité exacerbée.

Publié le 10 février 2009

David Fauvel porte violemment à la scène Desdémone et Ophélie, des spectacles pour figures féminines shakespeariennes négligées. Installation rock’n’roll, fumigènes et eau vivifiante. Décapant.

Le plateau de théâtre avec ses accessoires, seau d’eau, micros, lit blanc mobile et longue table roulante est bousculé par le chahut de Sandra Devaux, Stéphane Fauvel et Fabienne Guérif, une génération de comédiens qui, avec le metteur en scène David Fauvel, sont unis par la même fantasmatique. C’est un esprit provocateur qui se moque du regard conventionnel de la société asservie aux contraintes de la triste réalité. Masques vénitiens, perruques Andy Warhol, fard blanc et maquillage outrancier, un bal des vampires s’organise dans l’obscurité de la nuit et les fumigènes des cœurs. Les voilages transparents, les rideaux de tulle et les robes légères font de la scène une installation arts plastiques, un jeu entre l’ombre menaçante et les éclairages blafards. Avec l’insistance d’une musique rock qui roule rageusement, encline à ne suivre que son propre rythme. Les silhouettes arrogantes déroulent un tapis rouge à la violence de leur désir sensuel et sexuel afin que s’accomplisse enfin dans la joie, la libération imaginée.

La mort n’est jamais loin, un paravent macabre de catacombes

Les images de ce songe campent les figures de Desdémone et d’Ophélie qui tentent de crier leur colère et leur rancœur. Elles vivent dans un monde à dominante masculine virile. Desdémone voit encore en son époux Othello, et en son ami Cassio, une possibilité d’échapper à l’insatisfaction pour goûter à l’existence à travers les pouvoirs de la passion. Cassio joue double jeu, amoureux de la reine et travestie féminine. La mort n’est jamais loin, un paravent de catacombes incrusté de crânes blancs sculptés dans le marbre tel le tombeau d’un souverain d’une époque passée, celle des pestiférés de la lagune. Ophélie ne suit dans sa passion que Hamlet, femme également travestie, dans les soubresauts d’un tumulte dévastateur et expiatoire, entre une sono déchaînée, une bassine d’eau purificatrice où l’on plonge la tête, et les borborygmes bestiaux des mâles. La reine et la mère, Gertrude, porte un masque tandis que Claudius, l’oncle fratricide, se déshabille, déguisé en femme dans sa baignoire. « Celui qui a tué mon père a fait de ma mère sa putain » : corset et bas jarretelles, rien de tel pour lasser le fils royal  qui renvoie Ophélie au couvent et à la mort, craignant qu’elle ne fasse partie de « toutes ces femmes qui se laissent saillir par les hommes ». Un cauchemar de messe noire à l’onirisme inventif. Une esthétique trash aux couleurs de deuil.

Véronique Hotte


Shakespeare de Fracas et de Furie, Desdémone et Ophélie, d’après Othello et d’après Hamlet de Shakespeare, traduction de François Victor Hugo, adaptation et mise en scène de David Fauvel, jusqu’au 6 février 2009 à la Comédie de Caen, Théâtre des Cordes à Caen : 02 31 46 27 27. Du 17 au 20 février à La Chapelle Saint-Louis à Rouen. Le 24 mars à la Scène Nationale 61 à Flers, le 26 mars à la Scène Nationale 61 à Alençon, le 5 mai au Préau-CDR de Vire. Spectacle vu au Théâtre des Cordes à Caen

A propos de l'événement

Région / Caen


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