La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Rituel pour une métamorphose

Rituel pour une métamorphose - Critique sortie Théâtre Paris Comedie française-Théâtre du Vieux-Colombier
Légende: Le metteur en scène, Sulayman Al Bassam Copyright: Hamad Al Najjar

Entretien croisé / Muriel Mayette et Sulayman Al-Bassam

Théâtre du Gymnase / Comédie-Française/ de Saadallah Wannous / traduction Rania Samara / mes Sulayman Al-Bassam


Publié le 20 avril 2013 - N° 209

Muriel Mayette, administratrice générale de la Comédie-Française,  et Sulayman Al-Bassam, metteur en scène koweïtien, nous présentent Rituel pour une métamorphose de l’auteur syrien Saadallah Wannous (1941-1997). cet événement marque l’entrée au répertoire d’un texte de langue arabe. 

Pourquoi vous a-t-il semblé essentiel de faire entrer un texte de langue arabe au répertoire de la Comédie-Française ?

Muriel Mayette : Parce que le sens de notre répertoire est à la fois de rendre compte des grandes traditions littéraires et de témoigner de l’évolution du monde. L’entrée au répertoire de Rituel pour une métamorphose est un acte symbolique fort. Un acte qui, en plaçant une pièce de langue arabe parmi les grandes pièces de l’histoire du théâtre, rend hommage à cette dramaturgie. Mais le symbole va au-delà du strict champ littéraire. C’est également une façon, à travers la création artistique, d’apprendre à mieux se connaître, à vivre les uns avec les autres, une façon de partir à la rencontre d’une culture dont nous n’avons, pour beaucoup d’entre nous, qu’une idée assez lointaine.

« Mou’mina bouleverse une société masculine, une société organisée par et pour les hommes. » M. Mayette

Comment, parmi toutes les pièces de langue arabe, avez-vous effectué votre choix ?

M. M. : Nous avons beaucoup lu. Et nous nous sommes arrêtés sur Saadallah Wannous car les différentes pièces que nous avons lues de cet auteur nous ont toutes semblé être de grandes pièces, des pièces universelles. A travers le choix de ce texte, c’est l’œuvre entière d’un auteur que nous souhaitions mettre en lumière. Dans Rituel pour une métamorphose, Saadallah Wannous déploie l’idée politique d’une femme qui, en cherchant sa liberté, en vient à bouleverser l’ordre social dans lequel elle vit. Ce thème est passionnant. Il témoigne des grandes luttes que mènent les auteurs pour faire avancer le monde.

Sulayman Al-Bassam : Saadallah Wannous est une personnalité de référence pour le théâtre de langue arabe du XXème siècle, et spécialement pour le théâtre engagé. Il a écrit, pendant une quarantaine d’années, un corpus important à travers lequel il n’a cessé d’interroger les formes dramaturgiques. Il a développé un langage théâtral à la fois réaliste et poétique. C’est à la fin de sa vie, après une longue période de silence, qu’il a écrit Rituel pour une métamorphose, pièce qui est considérée comme un chef-d’œuvre dans le monde arabe. Je crois que c’est vraiment un auteur qui mérite d’être questionné par d’autres langues, d’autres regards, d’autres cultures.

« Saadallah Wannous est une personnalité de référence pour le théâtre de langue arabe du XXème siècle. » S. Al-Bassam 

Qu’est-ce qui vous semble constituer le point central de Rituel pour une métamorphose ?

S. A.-B. : En arabe, le titre de cette pièce est Rituel des significations et des transformations. Plusieurs trames, qui correspondent aux projets d’auto-transformation de différents individus, avancent en parallèle. L’histoire prend place à la fin du XIXème siècle, dans une société pré-moderne extrêmement hiérarchisée. Les choix faits par les protagonistes viennent déstabiliser les piliers de cette société. Cela surtout à travers le personnage central : une femme qui réclame un espace pour dire non, pour chercher une autre place que celle que cet ordre misogyne lui a dévolue.

M. M. : Ce qui est formidable, c’est que cette pièce parle du corps, de la sexualité, comme possibilité d’un début de liberté. Elle le fait à travers une vraie fable, qui peut même être drôle par moments. Malgré la densité du sujet, il y a dans ce texte quelque chose de simple, de très accessible.

S. A.-B. : Oui, car ici aucun personnage n’est jamais à l’abri de perdre la raison. Et le fait que cette société soit ainsi mise sens dessus dessous, le fait que les règles sur lesquelles elle est fondée soient ainsi questionnées engendre une vraie dimension comique.

M. M. : Mou’mina est une figure de femme magnifique, une véritable héroïne. Et il n’y en a pas tant dans notre répertoire. Mou’mina bouleverse une société masculine, une société organisée par et pour les hommes.  Sulayman est, pour nous, un pont très précieux avec une culture que l’on connaît mal. La Comédie-Française a besoin d’accueillir des artistes-invités qui, tels que lui, ouvrent les savoir-faire de notre troupe à d’autres imaginaires, à d’autres manières de voir et d’envisager le théâtre.

Propos recueillis par Manuel Piolat-Soleymat

A propos de l'événement

Rituel pour une métamorphose
du Samedi 18 mai 2013 au Jeudi 11 juillet 2013
Comedie française-Théâtre du Vieux-Colombier
Salle Richelieu, Place Colette, 75001 Paris
Du 29 avril au 17 mai au Théâtre du Gymnase, 4 rue du Théâtre Français 13001 Marseille. In : www.lestheatres.net. Du 18 mai au 11 juillet 2013 en alternance. Tél : 0825 10 1680. Spectacle créé dans le cadre de Marseille-Provence 2013, Capitale européenne de la culture.
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