La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Avignon - Entretien Alain Lawrence

Rencontre entre Rousseau et Jean-Jacques

Rencontre entre Rousseau et Jean-Jacques - Critique sortie Avignon / 2011

Publié le 10 juillet 2011

Alain Lawrence adapte les quatre premiers livres des Confessions de Rousseau : un hommage tendre et amical à l’homme autant qu’au philosophe, à la veille du tricentenaire de sa naissance.

Pourquoi Rousseau, et pourquoi sous cet angle psychanalytique ?
Alain Lawrence : Depuis Freud, on sait que les faits ne sont qu’occasionnels et que ce qui importe, dans le récit de soi, c’est la mémoire du ressenti davantage que celui des événements. D’où l’idée du divan. Il y a douze ans, j’ai réalisé un premier montage que nous avons beaucoup joué, surtout devant des lycéens, puisque le texte était au programme du bac. J’ai constaté alors combien l’impact sur les jeunes était important et leur accueil enthousiaste. On fêtera en 2012 le tricentenaire de la naissance de Rousseau. A cette occasion, j’ai voulu reprendre ce spectacle. Avignon est une vitrine pour la saison et demie qui suit : si on veut s’inscrire dans cette année de célébration, il faut s’y prendre un an à l’avance.
 
Comment avez-vous choisi d’adapter le texte à la scène ?
A. L. : Dès la première lecture, la forme dialoguée s’est imposée à moi : « je peindrai doublement l’histoire de mon âme », dit Rousseau dans le premier préambule des Confessions. Il fallait deux acteurs de générations différentes pour incarner les deux faces de ce Janus. D’une part, l’homme de cinquante ans qui se justifie contre les accusations de ceux qui, notamment Voltaire, le haïssaient. D’autre part un jeune comédien incarnant l’adolescent des quatre premiers livres. J’ai trouvé en Renaud Baillet un partenaire régulier et précis : c’est un bonheur de travailler avec lui. Les jeux de scène permettent de traduire la complicité gémellaire qui apparaît en filigrane dans le cours d’une même phrase : l’un de nous la commence, l’autre la termine. Notre dialogue souligne ce jeu de va-et-vient entre le point de vue de Jean-Jacques, dont les aventures font l’objet de l’énoncé, et le point de vue de Rousseau, en charge de l’énonciation.
 
« On découvre, en lisant Rousseau, un incomparable musicien de la prose. »
 
Ce spectacle vise-t-il à réhabiliter l’homme, si souvent décrié ?
A. L. : Comme le dit Nietzsche, « tout esprit profond s’avance masqué ». Rousseau dit-il la vérité ? A-t-il arrangé certaines choses ? C’est à chacun d’y voir clair. J’ai choisi de rentrer en scène avec un masque vénitien. Le Rousseau des Confessions inspire une sorte d’amitié. Ceux qui l’aiment éprouvent une vraie tendresse pour lui. Mais surtout, on découvre, en le lisant, un incomparable musicien de la prose. L’homme, lui, quitte la scène avec son masque sur le visage : l’ambiguïté persiste, mais ça ne peut le rendre que plus attachant.
 
Propos recueillis par Catherine Robert


Avignon Off. Le Divan de Jean-Jacques, d’après Les Confessions, de Jean-Jacques Rousseau ; adaptation et réalisation d’Alain Lawrence. Du 8 au 31 juillet 2011 à 15h. Magasin Théâtre, 31, rue des Teinturiers. Tél. : 04 90 86 11 33 / 04 90 85 23 23.

A propos de l'événement



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