La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Plume

Plume - Critique sortie Théâtre
Crédit photo : Ifou Légende photo : Alain Macé compose un Plume ébouriffé.

Publié le 10 octobre 2011 - N° 191

Le comédien Alain Macé cherche à se glisser dans les mots d’un certain Plume et tombe à côté.

Souvent, Plume se cogne au monde. Qu’il s’assoupisse en quelques lointains rêves et voilà que disparaissent les murs de sa maison, mangés par des fourmis probablement, ou que sa femme gît en menus morceaux ensanglantés à ses côtés, coupés net par un train furieux lancé par la nuit. S’il consulte un médecin pour un panaris, il y perd le doigt. Et quand il voyage, il s’en revient à la hâte sur la pointe des pieds sans n’avoir rien visité, de crainte de déranger. « Les uns lui passe dessus sans crier gare. Les autres s’essuient les mains sur son veston. Il a fini par s’habituer. Il aime mieux voyager avec modestie. » Ainsi Plume traverse-t-il l’existence, distraitement et la bouche pleine d’excuses, dévalant le quotidien de hasards désastreux en revirements insolites, entraîné malgré lui dans l’étrange engrenage des événements. Personnage né en 1930 dans les plis d’imaginaire d’Henri Michaux (1899-1984), ce dissident par accident brouille l’évidence et témoigne de l’humanité ordinaire aux prises avec la féroce énigme du réel. C’est que l’auteur lui-même, pris au piège d’une vie souffreteuse infestée de fantasmes, sut inventer mille ruses pour abuser le malaise de vivre et forer un passage vers ses vertigineux mondes du dedans…

Mimiques et gesticulations

Piochant quelques-unes des plus belles pièces de Plume et de Lointains intérieurs, Alain Macé s’embarque pour un périlleux cabotage aux lisières de l’imagination. Le regard ébouriffé et la tête en bataille, le corps sautillant dans un costume étriqué, il trottine et dandine sur l’étroite scène d’un cabaret décati, escorté à la basse électrique par Dayan Korolic, qui donne l’humeur de ces pérégrinations incertaines. Pourquoi donc faut-il qu’il commente le texte à coups de mines ahuries et autres gesticulations ? « Il est cousin de Charlot, une référence revendiquée par Henri Michaux. » explique Sylvain Maurice, le metteur en scène. Cela suffit-il à la dramaturgie ? La diction empruntée et le ton forçant l’absurde étouffent les vacillements intérieurs de ce bonhomme curieux qui marche à la perpendiculaire du cours des choses. « Fatigue, fatigue, ça ne finira donc jamais » crie-t-on en son for intérieur, dérobant à Plume les derniers mots qui ferment le recueil.

Gwénola David


Plume, d’Henri Michaux, mis en scène de Sylvain Maurice. Jusqu’au 29 octobre 2011, à 19h, relâche dimanche et lundi. Théâtre des déchargeurs, 3 rue des déchargeurs, 75001 Paris. Tél. : 08 92 70 12 28 et www.lesdechargeurs.fr. Durée : 1h.

A propos de l'événement



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