La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Play Strindberg

Play Strindberg - Critique sortie Théâtre
Légende photo : Agathe Alexis et Philippe Hottier entre amour vache et folie maritale.

Publié le 10 juin 2009

Alain Alexis Barsacq met en scène la satire drolatique et amère de la vie conjugale revisitée par Dürrenmatt à partir du texte de Strindberg, et convoque trois titans sur le ring de la haine.

L’hystérique trouve dans le pervers le maître sur lequel régner et l’équilibre de leur relation n’est un mystère incompréhensible que pour ceux qui n’admettent pas que la haine est l’envers de l’amour plutôt que son échec. A ce jeu-là, c’est peu dire qu’Alice et Edgar se sont trouvés… Théâtralisant leur existence médiocre et solitaire à grand renfort de répliques assassines et de piques fielleuses, ils sont pétrifiés l’un face à l’autre dans le reproche et le remords d’avoir sacrifié à leur union les rêves et les espoirs de leur jeunesse. Sans doute moins désespérément cruelle que La Danse de mort, de Strindberg, dont elle est la réécriture farcesque, la pièce de Dürrenmatt brille d’éclats de drôlerie qui rendent le spectacle des affres conjugales moins pathétique mais aussi plus absurde, puisque même l’humour des protagonistes ne les sauve pas du marasme.
 
La scène déménage !
 
Alain Alexis Barsacq choisit de mettre en scène ce jeu de massacre en faisant des personnages des pantins aux postures exacerbées. La présence d’un arbitre (Jaime Azulay) en fond de scène, sonorisant et commentant les rounds du combat, évite les travers du psychologisme et transforme les trois héros de cette geste brutale en types caricaturaux, symboles de l’incommunicabilité humaine plus encore que de la malédiction conjugale. En effet, c’est l’intersubjectivité que Dürrenmatt met finalement en question, en illustrant le crispant paradoxe qui rend autrui insupportable et indispensable à la fois. Agathe Alexis et Philippe Hottier incarnent avec un art consommé de l’excès les passes de cette tauromachie délirante. Philippe Morand offre le contrepoint de sa belle force tranquille à ce couple qui ressemble à ce qu’aurait pu être l’union petite-bourgeoise de Médée et d’Othello. Dévorant la scène plus qu’ils ne l’arpentent, crachant le venin de leurs répliques vipérines avec un bonheur de jouer si visible qu’il offre aux spectateurs la chance d’une distanciation salutaire, les comédiens passent en virtuoses de l’abjection tragique à la satire comique, du rôle du bourreau à celui de la victime, de l’ironie mordante à l’émotion du regret, à l’instar d’une Agathe Alexis royale au moment où Alice rend à Edgar l’anneau de leurs si longues années d’égarement. Trois monstres de théâtre pour l’ordinaire monstrueux de la comédie humaine.
 
Catherine Robert


Play Strindberg, de Friedrich Dürrenmatt ; mise en scène d’Alain Alexis Barsacq. Du 3 au 20 juin 2009. Du lundi au vendredi à 20h30 ; le samedi à 19h ; le dimanche à 17h ; relâche le mardi. Théâtre de l’Atalante, 10, place Charles-Dullin, 75018 Paris. Réservations au 01 46 06 11 90.

A propos de l'événement

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