La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Othello

Othello - Critique sortie Théâtre Paris Théâtre du Vieux-Colombier
La blanche Desdémone se donne corps et âme au Maure de Venise. Crédit photo : Brigitte Enguérand / collection Comédie-Française.

Théâtre du Vieux-Colombier / Shakespeare / mise en scène Léonie Simaga

Léoni Simaga signe une mise en scène littérale de la tragédie de Shakespeare. 

« ô méfiez-vous, mon seigneur, de la jalousie. C’est le monstre aux yeux verts qui se nourrit de sa propre chair… » prévient Iago. C’est pourtant cet exquis poison qu’il répand lentement dans les veines brûlantes d’Othello, valeureux général en chef de la république de Venise. Le noir colosse qui a vaincu les Turcs et bravé les dangers pour compter autant de victoires succombe aux assauts du doute, qui, insidieusement glissé dans les plis de son imaginaire, bientôt dévore toute raison. Il adore Desdémone, l’a conquise à force de récit d’exploits et l’a ravie à son père, notable patricien. Lui, le maure, l’étranger, a soumis la blanche fleur de l’aristocratie vénitienne. Porté par son courage et sa droiture, il entre dans la communauté du pouvoir et devient l’égal des édiles, qui trouvent en lui un infaillible combattant pour protéger la cité. Pourtant, jamais le sombre stigmate de sa naissance ne s’efface complètement, même sous le brillant de l’héroïsme. Il dessine de complexes motifs au cœur du métèque, enfouis peut-être dans une fissure secrète qui fend son être en deux. Nihiliste et redoutable illusionniste, tout aussi mal dans son âme, Iago manipule avec habile perfidie les fantasmes et les peurs : il va enfoncer la pointe de sa haine au creux de cette faille et ouvrir la plaie béante.

L’effroi du mal absolu

Avec Othello, tragédie écrite en 1604, entre Hamlet et Le Roi Lear, Shakespeare montre les mécanismes de l’ambition, les subtiles stratégies de l’exclusion et la violence faite aux femmes mais surtout la puissance inouïe et l’aveuglement funeste de l’imagination en proie à l’intime incertitude. Il tend à bloc la tension dramatique par l’effroi face au mal absolu qui gagne inéluctablement, tout en creusant, sous la simple intrigue, l’épaisseur humaine jusqu’au tréfonds, avec une poésie où s’enlacent les métaphores bestiales et célestes. Et c’est tout cela qui se perd dans la mise en scène très littérale de Léonie Simaga, lestée par une esthétique à l’ancienne. Comédienne admirable, elle développe dans le programme une fine analyse des enjeux de la pièce qui peinent malheureusement à s’incarner sur le plateau. Les acteurs taillent leur personnage à la serpe et les figent à gros traits dans une humeur tenue sur la même note du début à la fin, tant et si bien que tous les tournants font hiatus. Ainsi de Nâzim Boudjenah (Iago), qui joue le bouffon répugnant sans une ombre, de Bakary Sangaré (Othello), qui campe un molosse bêta, d’Elsa Lepoivre (Desdémone) qui s’enferme dans la sage image d’une femme-enfant toute lisse. Manquent ici la subtilité et l’ambiguïté de l’humain, tout simplement une ligne qui charpenterait la représentation.

Gwénola David

A propos de l'événement

Othello
du Mercredi 23 avril 2014 au Dimanche 1 juin 2014
Théâtre du Vieux-Colombier
21 Rue du Vieux Colombier, 75006 Paris, France

Traduction de Norman Charrette. Jusqu’au 1er juin 2014, à 20h, sauf mardi 19h, dimanche 16h, relâche lundi. Tél. : 01 44 39 87 00/01. Durée : 3h.


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