La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Meine faire Dame. Un laboratoire des langues.

Meine faire Dame. Un laboratoire des langues. - Critique sortie Théâtre Paris THEATRE DE L’ODEON
Crédit photo : Judith Schlosser Légende photo : Les acteurs manient l’art de la dérision avec brio.

Critique
Odéon-Théâtre de l’Europe / D’après George Bernard Shaw / mes Christoph Marthaler

Christophe Marthaler s’amuse avec la célèbre comédie musicale My fair Lady

Le réel parfois file de traviole, et plus souvent encore chez Marthaler. Comme s’il sortait de ses gongs tout discrètement et laissait glisser de quelques interstices cachés une folie douce à faire craquer les jointures de la normalité. Plus que jamais, le metteur en scène suisse-allemand exerce ici son art du décalage sur My fair Lady, célèbre comédie musicale américaine de Lerner et Loewe inspirée du Pygmalion de George Bernard Shaw, qu’il transforme en Meine faire Dame. Un laboratoire des langues. De l’histoire, il retient l’argument : l’éminent Professeur Higgins entend mettre en pratique ses théories linguistiques et apprendre à Eliza Doolittle, jeune fille des milieux populaires, vendeuse de violettes, à parler un anglais parfait pour en faire une femme distinguée. En facétieux rebelle, il s’applique à saboter consciencieusement cet idéal d’une communication parfaite passant par le langage et le bon usage des mots. Et pour ce faire, plante le décor dans un laboratoire de langues, avec petites cabines individuelles, casques et magnétophones.

L’art du ratage

Quelque chose cloche pourtant dans ce cadre hyperréaliste, qui figure aussi un appartement en duplex et un studio de répétition. Est-ce l’escalier, d’une banalité fonctionnelle, qui évoque au lointain le faste victorien ? Est-ce Frankenstein qui se met au piano ? Ou bien ces personnages emperruqués et gauches, habillés version années 70, avec leurs sous-pulls en nylon, leurs costumes étriqués et leurs coiffures improbables, ridicules autant qu’attachants dans leurs maladresses et leurs tentatives éperdues. Ou encore ces vidéos qui trahissent la réalité sensément captée en direct. Christoph Marthaler raboute des bribes de dialogues, s’amuse avec sa partition, enraye la mécanique d’une précision horlogère par le comique de répétition… dévoile la solitude muette de ces êtres qui rêvent sans doute en silence. Alors ils chantent – des airs de My Fair Lady, mais aussi de La Flûte enchantée, des Scènes d’enfants de Schumann, la chanson Douce nuit, sainte nuit et le tube de Wham !, Last Christmas… Cette dérision et cette mélancolie rêveuse, où la cruauté grégaire jouxte la détresse, réjouit et touche au cœur mais, malgré le talent de la troupe, s’épuise doucement et peine à tenir sur la durée.

Gwénola David

A propos de l'événement

Meine faire Dame. Un laboratoire des langues.
du Mardi 11 décembre 2012 au Dimanche 16 décembre 2012
THEATRE DE L’ODEON
Odéon-Théâtre de l’Europe / Ateliers Berthier, 1 rue André Suarès, 75017 Paris.
Du 11 au 16 décembre 2012, à 20h, sauf dimanche à 15h. Dans le cadre du Festival d’Automne à Paris. Tél. : 01 53 45 17 17 et www.festival-automne.com Durée : 2h.

Spectacle vu au Festival d’Avignon 2012.
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