La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Classique / Opéra - Critique

Mam’zelle Nitouche de Hervé, direction musicale Christophe Grapperon, mise en scène Pierre-André Weitz, arrive à Paris.Une explosion de joie.

Mam’zelle Nitouche de Hervé, direction musicale Christophe Grapperon, mise en scène Pierre-André Weitz, arrive à Paris.Une explosion de joie. - Critique sortie Classique / Opéra Paris Théâtre Marigny

Une opérette de Hervé

Publié le 20 mai 2019 - N° 276

De toutes les œuvres rares qu’il a ressuscitées ces quelques dernières saisons, c’est peut-être bien cette Mam’zelle Nitouche de Hervé que le Palazzetto Bru Zane a le plus scrupuleusement traitée. Nous sommes allés lui rendre visite tandis qu’elle était de passage à Toulouse

Ni rénover un regard (qui n’existait pas sur une œuvre aujourd’hui si rare) ni traiter l’intrigue de manière à nous ouvrir les yeux politiquement : Mam’zelle Nitouche se contente avant tout, et avec succès, de renouer avec un esprit, un folklore, un appareillage bien particulier dont on aurait pu craindre que le parfum ne se soit éventé avec les années, celui de l’opérette telle qu’elle était pratiquée dans les années 1880. Le sujet, pantalonnade à l’irrévérence appuyée, suit les mésaventures du malencontreux Célestin (alias Floridor) et de la piquante Denise de Flavigny (alias Mam’zelle Nitouche). Le premier mène une double vie d’organiste au couvent des Hirondelles le jour et de compositeur d’opérette la nuit. La seconde est une jeune pensionnaire indocile qui rêve de monter sur les planches. Passons sur le peu de crédibilité de la désopilante cascade de quiproquos sur laquelle est construite l’intrigue et contentons-nous de souligner à quel point il est méritoire d’avoir su la servir avec cette blague, cette gentillesse, ce chic aussi, qui sont d’un autre temps. Sur scène, d’exubérants personnages qui semblent tout droit sortis d’une bande dessinée, des costumes allant chercher dans les tons tricolores, un plateau central tournant comme un manège, dévoilant au passage un chœur d’église et quelques décors de cabaret. Une fête de l’œil plus que de l’esprit, d’autant plus croquignolesque que des nonnes et militaires en goguette y sont mêlés – saluons à cet égard les chorégraphies gentiment impertinentes d’Iris Florentiny.

 Une soirée à marquer d’une pierre blanche !

Avec une musique si parfaitement troussée pour plaire, sans couplet ni air mémorable, mais pourtant délicieusement instrumentée, il fallait un chef qui trouve instantanément l’esprit et le mouvement de l’œuvre, qui n’y débarque pas en pays étranger. Christophe Grapperon a l’extrême bon goût de ne jamais se laisser aller à l’emphase, tirant de l’Orchestre national du Capitole une belle motricité, ainsi qu’une sonorité idéalement transparente. Ajoutons Pierre-André Weitz, direct et efficace dans sa mise en scène, menant son monde tambour battant (pour compenser la minceur objective du propos ?) et dont les quelques habiles dispositifs scéniques (allant de l’enseigne tournante à des costumes composites mi soldat mi demoiselle) font judicieusement avancer l’action. Côté cast, aurait-on pu rêver Denise plus délicieuse que Lara Neumann ? Dans un rôle à demandes si diverses, elle possède l’essentiel : le charme, la gouaille, l’aisance en scène (et dans le parlé) et une voix joliment fraîche. Tout aussi mémorable, le Célestin de Matthieu Lécroart allie souplesse vocale à une irréprochable musicalité. A leurs côtés, Flannan Obé et son beau ténor naturel se délecte en Vicomte de Champlâtreux, Sandrine Sutter campe Sylvia et une Tourière au caractère bien trempé, et le comédien Eddie Chignara dessine un Major irrésistiblement ronchon. Cerise sur ce gâteau en forme de pièce montée, Olivier Py sous la triple défroque d’une très burlesque mère supérieure, d’une diva capricieuse et de Loriot, ne se prive pas d’en rajouter des caisses, pour le plus grand plaisir du public.
Soirée à marquer d’une pierre blanche et spectacle à ne pas manquer  du 7 au 15 juin, théâtre Marigny.

 

Julien Hanck

A propos de l'événement

Mam’zelle Nitouche
du Vendredi 7 juin 2019 au Samedi 15 juin 2019
Théâtre Marigny
Carré Marigny, 75008 Paris.

Du Vendredi 7 juin 2019 au Samedi 15 juin 2019. Les 7, 10, 11, 12,  14 et 15 juin à 20h; les 7, 10, 11, 12 et 15 juin et le dimanche 9 juin à 15h. Tél. : 01 76 49 47 12.


Dans le cadre du Festival Palazzetto Bru Zane. 7e édition. Du 1er au 30 juin 2019.


x

Suivez-nous pour ne rien manquer sur la musique classique

Inscrivez-vous à la newsletter

x
La newsletter de la  Terrasse

Abonnez-vous à la newsletter

Recevez notre sélection d'articles sur le Classique / l'Opéra