La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Machin la Hernie

Machin la Hernie - Critique sortie Théâtre Paris Le Tarmac
Dieudonné Niangouna dans Machin la Hernie. Crédit : Julien Hogert

Reprise/Le Tarmac / de Sony Labou Tansi / mes Jean-Paul Delore

Publié le 27 septembre 2017 - N° 258

Mis en scène par Jean-Paul Delore, Dieudonné Niangouna met sa démesure au service de celle de Machin la Hernie de Sony Labou Tansi.

Le verbe de Martillimi Lopez est à l’image de l’individu : débordant de violence et gonflé par la soif de pouvoir. Monstrueux. Dans Machin la Hernie de l’auteur congolais Sony Labou Tansi (1947-1995), cet autoproclamé colonel et « fils de Maman Nationale » crache en effet trois-cents pages durant sa haine de l’Autre. Son mépris pour tout ce qui ne se soumet pas à sa volonté, elle-même régie par un appétit sexuel insatiable et pervers. Monté dans son intégralité, le texte donnerait lieu à un spectacle-fleuve entre 12 et 15 heures ; sans renoncer au désir de mener à bien cette ambitieuse entreprise, Jean-Paul Delore créait en 2016 au Tarmac un seul en scène d’une heure trente, interprété par Dieudonné Niangouna. À la hauteur de la folle beauté du texte, le spectacle n’a hélas pas été repris par la suite. Entre autres parce que Dieudonné Niangouna s’est consacré à d’autres aventures tout aussi vertigineuses : Nkenguegui, le dernier volet de sa trilogie consacrée aux relations Nord-Sud, et Antoine m’a vendu son destin – Sony chez les chiens, où il mêlait son écriture à celle de Sony Labou Tansi. La reprise de Machin la Hernie donne donc une seconde chance à la puissante performance de Dieudonné Niangouna. On en profitera avant que celui-ci reparte vers d’autres recherches nourries de sang et de tragédies. D’une mémoire congolaise et de son choix de l’entre-deux rives.

Soliloque du bas-ventre

La cruauté du texte frappe de plein fouet. Portée dans le roman par un narrateur anonyme à la troisième personne, la parole de Martillimi Lopez s’élève sans intermédiaire dans le montage réalisé par Jean-Paul Delore. Devant un écran où sont projetées des vidéos de lui sous toutes ses meilleures coutures, Dieudonné Niangouna incarne sans conteste le dictateur épris de son propre pouvoir. Discrètement accompagné par le guitariste Alexandre Meyer, il s’approprie jusqu’à la transe le flux d’atrocités débitées par son personnage. Le récit de ses crimes et manigances. Les développements de sa pensée politique, lors desquels il compare par exemple la nation à une braguette – « c’est quand on veut pisser qu’on se souvient qu’on en a une » – et le peuple à une « pissée humaine » et à « un ramassis de formes, totalement visqueuses, totalement informes ». Le corps et le verbe ne font qu’un. Tendu, aussi agité que le langage du tyran paranoïaque, Dieudonné Niangouna se jette sans réserve dans la sidérante logorrhée qui semble faite pour le théâtre. Et pour aujourd’hui. Le protagoniste n’étant jamais nommé, on peut en effet aussi bien voir en lui une caricature du sanguinaire Mobutu que Sony Labou Tansi visait par la plume, que de l’actuel président du Congo à qui Dieudonné Niangouna adressait en 2015 une lettre ouverte lui demandant de quitter le pouvoir. D’une génération à l’autre, le mal dénoncé par Machin la Hernie n’a hélas pas pris une ride.

Anaïs Heluin

A propos de l'événement

Machin la Hernie
du Mardi 17 octobre 2017 au Vendredi 20 octobre 2017
Le Tarmac
159 Avenue Gambetta, 75020 Paris, France

Du 17 au 20 octobre 2017 à 20h. Durée de la représentation : 1h30. Tel : 01 43 64 80 80. www.letarmac.fr.


 


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