Frédérique Lazarini met en scène « L’École des Femmes » : un conte d’hier et d’aujourd’hui qui questionne et réjouit
Avec Cédric Colas et Sara Montpetit dans les [...]
Marjorie Nakache et l’équipe du Studio-Théâtre de Stains, fidèles à leur habitude d’allier exigence, beauté et émotion, livrent une version enchanteresse de la pièce de Maeterlinck. Magnifique !
« Le théâtre n’est pas le pays du réel, disait Hugo : il y a des arbres en carton, des palais de toile, un ciel de haillons, des diamants de verre, de l’or de clinquant, du fard sur la pêche, du rouge sur la joue, un soleil qui sort de dessous la terre. C’est le pays du vrai : il y a des cœurs humains dans les coulisses, des cœurs humains dans la salle, des cœurs humains sur la scène. » Le miracle de cette vérité a lieu, encore et toujours, au Studio-Théâtre de Stains, que dirigent Marjorie Nakache et Kamel Ouarti dans une des villes les plus pauvres de France, pour y faire un théâtre parmi les plus riches de ce que peut offrir le territoire. Exigence artistique et ambition culturelle sont encore une fois au rendez-vous pour servir le princier Maeterlinck : le geste de démocratisation culturelle est ici le fait d’aristocrates de la scène. Mieux dit encore, il est l’œuvre d’optimates, selon le mot de Jünger, qui considèrent leurs semblables, et notamment les enfants, auxquels s’adresse ce spectacle, comme des « réceptacles du merveilleux ». Marjorie Nakache persiste et signe : le bonheur est accessible à qui saura changer de regard et voir la beauté du monde et des hommes, plutôt que de se complaire, comme le fait notre époque, dans le ressentiment et la vilénie.
Quand les hommes vivront d’amour…
Tyltyl et sa poupée (l’adorable Mytyl créée par Einat Landais, qui déploie l’immensité de son talent pour inventer les créatures merveilleuses qui peuplent le spectacle) sont chargés par la fée Bérylune de trouver l’Oiseau bleu, seul à même de guérir sa fille neurasthénique. Tyltyl et Mytyl embarquent pour une odyssée au pays des souvenirs, dans celui de la nuit et au cœur de la forêt. Ils y rencontrent les grands-parents défunts, une savoureuse reine de la nuit qui a mis sous clé les maux qui affligent les hommes et que Tyltyl ne doit pas délivrer, un arbre qui gronde et rougeoie de colère contre les bûcherons assassins, et la beauté de la mère de Tyltyl (sublime scène où un voile irisé joue l’amour maternel), que son œil diurne ne savait pas voir. Le travail conjoint d’Hervé Janlin aux lumières, de Kain Léo à la conception vidéo, d’Einat Landais à la scénographie et aux marionnettes est éblouissant de beauté. Les comédiens et manipulateurs (Rakoo de Andrade, Antoine Jacot, Rebecca Figuigui, Xavier Marcheschi et Sonja Mazouz) sont d’une dextérité à couper le souffle et d’un talent interprétatif bouleversant. Il est question de ce qui va mal et de ce qui fâche, en notre monde où la prospérité du fric remplace la beauté des fleurs, et il est sidérant de mesurer l’actualité de cette pièce créée en 1908 par Stanislavski au théâtre d’art de Moscou ainsi que son acuité écologique et politique. Mais il est surtout question de ce qui est beau, de ce qui unit, de ce qui soigne, de ce qui résiste, de ce qui nous fait tenir debout, de ce qui peuple nos rêves, et de ce que nous conservons, éveillés, de l’étoffe dont ils sont faits. Tout cela s’appelle don, générosité, amour, beauté, intelligence : le bonheur est immense d’en retrouver la promesse vivace et enthousiasmante, actualisée au Studio-Théâtre de Stains.
Catherine Robert
19, 20, 23, 31 mars 2026 et 2, 7, 9, 14, 16 avril à 14h ; 20, 28 mars, 11 avril (précédé d’un repas à 19h30 sur réservation) et 17 avril à 20h30 ; 26 mars à 12h ; 28 mars à 15h. Tél. : 01 48 23 06 61. Durée : 1h10.
Avec Cédric Colas et Sara Montpetit dans les [...]
Elsa Agnès met en scène le texte original [...]