La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

L’Éveil du printemps

L’Éveil du printemps - Critique sortie Théâtre Paris Comédie-Française
Romain Goupil, Julien Frison, Jean Chevalier, Sébastien Pouderoux, Christophe Montenez © Brigitte Enguerand

Comédie Française / de Franck Wedekind / mes Clément Hervieu-Léger

Publié le 23 avril 2018 - N° 265

La pièce scandaleuse de Wedekind fait son entrée au répertoire de la Comédie-Française dans une mise en scène en demi-teintes de Clément Hervieu-Léger.

 

Difficile d’avoir 14 ans. D’autant plus difficile quand on naît dans une Allemagne austère où les adultes ne disent rien des mystères de la vie et tentent encore de faire croire à leurs enfants que les bébés sont livrés par des cigognes. Wendla, Melchior et Moritz, les trois personnages principaux de L’Éveil du printemps, traînent encore des cartables et l’ennui des leçons à apprendre, mais ce qui les travaille, c’est l’éveil du désir. Ils sont peu les auteurs à si bien parler de l’adolescence. Sous-titrant ironiquement son texte « tragédie enfantine », Wedekind explore une thématique rare au théâtre, surtout en 1891 : la sexualité des jeunes – mais aussi, tant le texte est riche, les questions de l’éducation, de l’autorité, du suicide, de la bienséance et de la religion… Là où la société de l’époque ne voyait que pornographie et cochonneries, Freud et Lacan, mesurant les intuitions de Wedekind sur les pulsions et le refoulé, adouberont sa pièce, l’un l’évoquant dans Psychopathologie de la vie quotidienne, l’autre préfaçant la première édition de la traduction de la pièce en français. Mais c’est seulement aujourd’hui que la pièce fait son entrée au répertoire de la Comédie-Française, dans une mise en scène, sans coupes ni adaptation, du (récent) sociétaire Clément Hervieu-Léger. L’ancien assistant de Patrice Chéreau s’entoure de trois de ses collaborateurs : Caroline de Vivaise aux costumes, Bertrand Couderc aux lumières, et Richard Peduzzi qui n’avait encore jamais conçu de décor pour la Comédie-Française.

Une mise en scène maîtrisée mais écrasée par le décor

 Comme toujours, Clément Hervieu-Léger signe une mise en scène d’un grand classicisme. Pour sa troisième expérience Salle Richelieu, après Le Misanthrope et Le Petit-Maître corrigé, il atteint une maîtrise certaine, tant dans sa lecture du texte qui mêle aussi bien le psychique que le social, que dans la composition des scènes chorales et des images, très travaillées et poétiques, comme la crépusculaire scène finale dans le cimetière nimbé de brouillard. Mais cette poésie se révèle bien froide. Malgré d’excellents acteurs comme Sébastien Pouderoux, Julie Sicard ou Clotilde de Bayser – Christophe Montenez et Georgia Scalliet défendent leurs rôles avec grâce mais surjouent l’enfance –, la mise en scène est écrasée par l’imposant décor monochrome de Richard Peduzzi. Un système ingénieux qui permet de passer d’une cour de récréation à une forêt ou à une salle de classe, mais si redondant dans sa volonté de signifier l’enfermement qu’il empêche cet Eveil de libérer sa sève et sa fièvre. Dommage.

 

Isabelle Stibbe

A propos de l'événement

L’Éveil du printemps
du Samedi 14 avril 2018 au Dimanche 8 juillet 2018
Comédie-Française
place Colette, 75001 Paris

Tél. : 01 44 58 15 15. Durée : 3h sans entracte.


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