La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Les Moments Doux : fresque de la violence quotidienne d’Élise Chatauret et Thomas Pondevie

Les Moments Doux : fresque de la violence quotidienne d’Élise Chatauret et Thomas Pondevie - Critique sortie Théâtre Béthune Comédie de Béthune
©Christophe Raynaud de Lage Légende : Un open space lugubre dans Les Moments Doux

Comédie de Béthune / Théâtre 71 / Compagnie Babel / Mise en scène Élise Chatauret

Publié le 28 mars 2023 - N° 309

Artistes associés à la Manufacture de Nancy où a été créée la pièce, Élise Chatauret et Thomas Pondevie façonnent une fresque de la violence quotidienne, élaborée à partir de l’affaire des « chemises arrachées » d’Air France en 2015. Une pièce composée de saynètes parfois drôles, avec toujours un même message : l’expression violente est partout.

Pour imaginer leur pièce, Élise Chatauret et Thomas Pondevie ont mené un travail d’enquête auprès de professionnels (historiens, sociologues, avocats…). La violence qu’ils questionnent est familiale, scolaire, professionnelle. Elle s’immisce dans les recoins inattendus du quotidien et n’est pas toujours identifiée. Elle est physique, mais pas seulement. La compagnie a justement voulu questionner l’enjeu crucial du moment où le premier coup est donné : la violence commence-t-elle seulement ici ? Pour transmettre leur travail au plateau, plusieurs espaces sont délimités, le tout dans une ambiance de néons blafards, de voilages blancs impersonnels et d’une moquette bleue angoissante. Salle de classe, chambre d’enfant et salle de réunion s’interchangent sur scène. Tour à tour, les cinq comédiens sont professeurs, parents, salariés, et performent aussi bien les mots d’enfants que les injonctions patronales.

Déjà Rimbaud : « Il a deux trous rouges au côté droit »

De la genèse des situations ressenties comme violentes à l’école primaire lorsqu’il faut apprendre à prendre la parole en classe aux violences sexistes subies par les filles dès le collège, la Compagnie Babel pointe avec raison ce qui se joue dès la petite enfance dans les sphères familiale et scolaire. Ces violences sont (trop) rapidement mises de côté pour porter au plateau de manière beaucoup plus intense une violence qui résonne particulièrement en ce moment : au travail, les plans de licenciement et les abus de management font rage et poussent au burn out. Raccrochés au réel avec les affaires des « chemises déchirées » d’Air France et « des suicides » de France Telecom, open spaces et salles de réunion investissent le plateau qui convoque une violence sociale de plus en plus pointée du doigt. Une scène montre un jeune manager à qui on apprend les discours à tenir afin de virer efficacement des employés. Une autre montre une compagnie de théâtre en situation de crise, lorsqu’on se demande qui doit partir en premier : un comédien, un technicien, un membre de l’administration ? En confrontant fiction et situation réelle, la compagnie met le doigt « là où ça fait mal », à savoir : la violence partout, tout le temps. On aurait pu imaginer une plus grande attention portée à la violence dès l’enfance, et ses implications dans les sphères scolaire et familiale, car c’est là qu’elle agit le plus sournoisement… pour parfois terminer dans le sang à l’âge adulte, sang qui à la fin de la pièce surgit comme un avertissement. Malgré tout le travail résonne et traduit bien les enjeux d’un système souvent injuste et écrasant.

Louise Chevillard

A propos de l'événement

Les Moments Doux
du jeudi 13 avril 2023 au vendredi 14 avril 2023
Comédie de Béthune
138 rue du 11 novembre, 62400 Béthune

à 20h. Tél : 03 21 63 29 19.

Théâtre 71, 3 Place du 11 Novembre, 92240 Malakoff. Les 11 et 12 mai à 20h. Tél : 01 55 48 91 00.

Spectacle vu à La Manufacture de Nancy.

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