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Classique / Opéra - Gros Plan

Les jeunes chefs à l’honneur

Les jeunes chefs à l’honneur - Critique sortie Classique / Opéra
Tito Munoz, 28 ans, vient d’être nommé à la tête de l’Orchestre symphonique et lyrique de Nancy.

Publié le 10 octobre 2011 - N° 191

De Nancy à Dijon, en passant par la Normandie, les orchestres de région sont nombreux à nommer des chefs en début de carrière.

Les orchestres français ont la réputation d’avoir la dent dure avec les chefs d’orchestre. Passé la lune de miel des débuts, les tensions – musicales et surtout humaines – apparaissent rapidement entre les musiciens et leur directeur musical. Sans surprise, les phalanges hexagonales ont donc longtemps privilégié les chefs d’expérience, comme Leonard Slatkin, 67 ans, qui vient d’être nommé à l’Orchestre national de Lyon, ou Marko Letonja, 50 ans, futur patron de l’Orchestre philharmonique de Strasbourg. Mais depuis cette rentrée, la tendance commence peu à peu à s’inverser, avec l’arrivée de jeunes baguettes dans des orchestres de région. A 28 ans, Tito Munoz est désormais directeur musical de l’Orchestre symphonique et lyrique de Nancy. L’Ensemble de Basse-Normandie vient, quant à lui, de nommer au poste de chef associé Jean Deroyer, âgé de 32 ans. Quant à l’Orchestre de Dijon Bourgogne, il compte nouer un partenariat étroit avec le Concours international de jeunes chefs d’orchestre de Besançon, en accueillant au poste de chef principal l’un des finalistes de cette compétition (dont la limite d’âge est de 35 ans). Plusieurs raisons peuvent expliquer ces nominations « juvéniles ». La récente réussite de jeunes chefs à l’échelle mondiale, comme Gustavo Dudamel ou Daniel Harding, a pu créer un effet d’imitation, donner aux orchestres le rêve de dénicher le futur Karajan…
 
Diversification des répertoires
 
Mais surtout, depuis quelques années, le cahier des charges des orchestres de région a considérablement changé. Désormais, ces formations ne peuvent plus se limiter à donner des séries de concerts devant de rares (et souvent âgés) abonnés. Actions pédagogiques, concerts en hôpitaux ou dans les prisons sont devenus monnaie courante. Sans oublier une diversification accrue des répertoires, de la musique ancienne (dans des interprétations historiquement renseignées) à la création contemporaine, avec une politique de commandes. Et force est de constater qu’en la matière, les jeunes chefs font souvent davantage preuve d’ouverture que des maestros en fin de carrière. On ne peut enfin pas occulter la dimension économique de ce phénomène. Depuis la crise financière de 2008, les budgets des orchestres sont confrontés de plein fouet à une restriction de moyens (stagnation des subventions publiques, baisse du mécénat…). Ils ne peuvent plus payer de cachet exorbitant à leur directeur musical et sont donc tentés d’opter pour la nomination, moins onéreuse, d’un chef en herbe. Reste à savoir si ces jeunes baguettes sauront faire face à cette gestion si particulière des ressources humaines que représente le « management » d’un orchestre. On ne peut en tout cas qu’espérer qu’à l’heure où la musique classique souffre cruellement d’un manque de jeunes spectateurs dans les salles de concert, la nomination de ces trentenaires puisse créer un salutaire effet d’empathie.
 
Antoine Pecqueur

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