L’Avare de Molière réduit à sa plus simple expression comique par Lilo Baur
La metteuse en scène Lilo Baur transporte [...]
En quelques spectacles, il s’est imposé comme l’une des figures de proue du jeune théâtre français. Après l’adaptation d’œuvres de Michel Houellebecq, Roberto Bolaño ou Don DeLillo, Julien Gosselin remonte le temps pour croiser sur scène des pièces et des nouvelles de Léonid Andréiëv (1871-1919). Un spectacle dont les gouffres et les excès ne nous laissent aucun répit.
Âpre. Désespérée. Ardente. Noire. Outrancière. Métaphorique. Orageuse. Protéiforme. Funèbre. Débordante… Les adjectifs se bousculent pour évoquer la représentation du Passé que le metteur en scène Julien Gosselin a créée le 10 septembre dernier au Théâtre national de Strasbourg, institution dont il est l’un des artistes associés. Comme se pressent les images, concrètes, saisissantes, empreintes d’une multitude de mouvements et d’emportements. Dans le travail aux frontières du théâtre et du cinéma que signe le directeur de la Compagnie Si vous pouviez lécher mon cœur, les âmes et les visages s’exposent en effet sans la moindre pudeur. Les sentiments exacerbés qui traversent les personnages sortis de l’imaginaire torturé de Léonid Andréiëv (auteur aujourd’hui oublié qui fut de son vivant, assure le traducteur André Markowicz, l’écrivain le plus célèbre de Russie, après Tolstoï) s’offrent à nos regards par le biais de gros plans projetés sur un écran géant disposé au-dessus des décors.
Un objet hybride : entre théâtre et cinéma performatif
Ékatérina Ivanovna. Requiem. Dans le brouillard. L’Abîme. La Résurrection des morts. Julien Gosselin entrelace de manière très judicieuse les cinq pièces et nouvelles de l’écrivain russe. Il interroge au passage le rapport des publics au théâtre en explorant différents modes de représentation : théâtre naturaliste, cinéma performatif joué et filmé en direct, théâtre masqué, théâtre lu en voix off… Naufrage d’une mère de famille qui devient le monstre expiatoire d’une société cadenassée par l’ordre bourgeois, Ékatérina Ivanovna constitue la ligne centrale autour de laquelle viennent s’enrouler, sous diverses formes, les autres œuvres. Si Le Passé nous gagne à ses excès, c’est bien sûr grâce à une mise en scène profondément inventive et inspirée. C’est aussi grâce à l’engagement sans faille d’interprètes de tout premier plan. Guillaume Bachelé, Joseph Drouet, Denis Eyriey, Carine Goron, Victoria Quesnel, Achille Reggiani et Maxence Vandevelde nous plongent dans un maelström de troubles et d’émotions. Les fantômes qu’ils convoquent nous percutent. Ils happent notre présent.
Manuel Piolat Soleymat
à 20h, dimanche à 16h, relâche lundi. Tél : 04 72 77 40 00. Spectacle vu le 18 septembre 2021 au Théâtre national de Strasbourg. Durée de la représentation : 4h20 entracte inclus.
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