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Théâtre - Entretien

Le cirque dans tous ses états

Le cirque dans tous ses états - Critique sortie Théâtre Auch CIRCa
Marc Fouilland Crédit photo : Christian Voulgaropoulos

CIRCa / Auch/Festival de Cirque
Entretien avec Marc Fouilland

Publié le 29 septembre 2013 - N° 213

Grand rendez-vous des curieux, des amateurs et des fervents pratiquants du cirque, le festival CIRCa offre un panorama varié de la création circassienne. Avec une dizaine de spectacles professionnels à l’affiche et des présentations de travaux des écoles européennes, la 26e édition dirigée par Marc Fouilland entend célébrer la vitalité d’un art en constante évolution.

« Par essence, l’artiste de cirque dépasse ses propres limites mais aussi celles de son art. »

 

Un an après l’inauguration du CIRC, lieu de résidence dédié à la création circassienne, qu’est-ce qui a changé dans le rapport aux artistes et au territoire ?

Marc Fouilland : Le festival est maintenant incarné par un équipement, ce qui a changé le rapport au territoire. Le CIRC a aussi conquis les habitants par l’originalité de son architecture : ils se le sont aujourd’hui approprié et je crois qu’ils en sont fiers. La qualité des locaux mis à disposition, des hébergements et de la restauration nous permet désormais d’offrir aux artistes de bonnes conditions d’accueil et de travail. Leur présence à Auch même, durant des périodes de trois à quatre semaines, parfois sur plusieurs sessions dans l’année, a aussi resserré les liens et le dialogue avec l’équipe permanente de CIRCa. Cette nouvelle proximité facilite le suivi des processus de création et l’accompagnement artistique des projets. Nous avons pensé un lieu ouvert sur la ville et proposons des rendez-vous, des visites…

 

De quelles tendances esthétiques cette 26e édition témoigne-t-elle ?

M. F. : Le festival propose un panorama des spectacles créés dans la saison et montre la diversité des esthétiques, pour le grand public, les professionnels et les élèves des écoles de cirque. Aujourd’hui, les compagnies françaises renouent avec le chapiteau, renversant une tendance qui menaçait cet emblème du cirque il y a quelques années. La viabilité économique de l’itinérance reste fragile, mais sans doute le renforcement de la concurrence et le durcissement des conditions de tournée en salle ont-ils incité des troupes à se doter de leur propre outil de diffusion et à tenter l’aventure du nomadisme. Et puis le chapiteau porte un imaginaire très puissant, il offre un rapport particulier au public et à la ville, il crée forcément l’événement quand le campement s’installe. Il attire maintenant des artistes qui se produisaient surtout en salle, comme le clown jongleur Nikolaus, avec Tout est bien ! Catastrophe et bouleversement, ou Akoreacro avec Klaxon. D’autres, tels que Cirque Aïtal avec Pour le meilleur et pour le pire, Rasposo avec Morsure, ou encore de Trottola, avec Matamore, poursuivent ce chemin. Nous avons ainsi pu composer un parcours le long du Gers, qui va de chapiteau en chapiteau.

 

Plusieurs compagnies, qui se revendiquent d’un cirque contemporain, manient aussi les codes traditionnels de la piste, plus ou moins revisités. La frontière entre cirque classique et contemporain s’efface-t-elle ?

M. F. : Les artistes jouent sur cette frontière avec une plus grande liberté qu’auparavant. Les écritures et les formes circassiennes restent très variées. Elles ne cessent d’élargir la définition du cirque, en témoignent la Cridacompany dans Mañana es mañana, Aurélien Bory dans Azimut ou Jérôme Thomas dans FoRest. Par essence, l’artiste de cirque dépasse ses propres limites mais aussi celles de son art. C’est ainsi que le cirque peut rester un art vivant.

 

Le festival est aussi le rendez-vous des écoles de cirque. Le Fédération française fêtera d’ailleurs ses 25ans, la Fédération européenne ses 15 ans et le Lido de Toulouse ses 30 ans. Constatez-vous en Europe une convergence des projets pédagogiques ou au contraire l’affirmation d’identités singulières ?

M. F. : Les approches pédagogiques et artistiques se recoupent partiellement mais les projets sont aussi nourris par le terroir culturel et les démarches artistiques spécifiques à chaque pays. Des différences perdurent, comme le montre les « Circles », qui présentent des numéros et petites formes conçus par des étudiants venus des écoles européennes. Globalement, la maîtrise technique s’est accrue. Certains la place au cœur de l’écriture et la mettent en exergue ; d’autres l’esquivent, jouent avec, la fondent dans la gestuelle et la mise en scène.

 

Territoires de cirque, association regroupant des structures et pôles nationaux dédiés aux arts de la piste, a mené une vaste action de sensibilisation auprès des collectivités territoriales avec « Cirque en campagne ». Les 13 rencontres thématiques se sont conclues par la rédaction d’un livret formulant dix propositions concrètes. Vos revendications sont-elles entendues ?

M. F. : Cette opération vise à faire reconnaître le cirque et ses spécificités dans les politiques culturelles. Le contexte actuel n’est pas propice au lancement d’investissement ni au développement de nouveaux axes. Néanmoins, des progrès sont possibles, notamment quant à l’implantation des chapiteaux, trop souvent rejetés à la périphérie des agglomérations. Nous constatons que de plus en plus de communes intègrent les conditions nécessaires à l’accueil de chapiteaux dans leur réflexion pour l’aménagement des centres villes. Et Auch montre un bel exemple !

 

Entretien réalisé par Gwénola David

A propos de l'événement

Le cirque dans tous ses états
du Vendredi 18 octobre 2013 au Dimanche 27 octobre 2013
CIRCa
Allée des Arts, 32000
Du 18 au 27 octobre 2013. CIRCa, Allée des Arts, 32000 Auch. Tél : 05 62 61 65 00.
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