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La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

L’Affaire de la rue de Lourcine

<p>L’Affaire de la rue de Lourcine</p> - Critique sortie Théâtre
PHOTO © arnaud weil : Yom, une personnalité forte en mouvement permanent.

Publié le 10 mars 2007 - N° 146

Le tandem Deschamps-Makeïeff actionne la panoplie du vaudeville. Un rire bien
huilé?

« Je me suis adonné presque exclusivement à l’étude du bourgeois, du
philistin. Cet animal offre des ressources sans nombre à qui sait le voir, il
est inépuisable. C’est une perle de bêtise qu’on peut monter de toutes les
façons. 
» écrivait Eugène Labiche à Léopold Delcour en 1880. Dans L’Affaire
de la rue de Lourcine, créé au Palais-Royal en 1857, il sertit son sujet dans
les règles du grand art vaudevillesque. Sieur Lenglumé, rentier de son état,
bien rangé à l’accoutumé, offre en effet un merveilleux spécimen du pleutre
petit-bourgeois soudain jeté dans le gros bouillon d’une situation chiennement
cocasse. Qu?on en juge. Alors qu’il émerge piteusement des nimbes alcoolisés de
son lit alcôve, au lendemain d’une virée clandestine au banquet annuel des
Labedens, voilà qu’il se réveille aux côtés d’un inconnu, ronflant comme un
sonneur. Qui ? Comment ? Pourquoi ? La mémoire reste muette. Impossible de
retracer l’itinéraire de la soirée passée avec ce Mistingue, compère de beuverie
échoué entre les canapés juponnés et les poufs pomponnés de cette maisonnée
ahurie. Et d’où viennent les morceaux de charbon que nos gaillards hirsutes
découvrent dans leurs poches ? Ne seraient-ce pas les preuves irréfutables qui
les accusent du crime commis contre une jeune charbonnière la nuit dernière ?

« Ah ! Je ne veux plus tuer de charbonnière, c’est trop salissant ! »

Assaillis d’indices compromettants, l’esprit envasé dans les liqueurs de la
veille, les deux complices avinés se pochardent de plus belle et tentent
d’éliminer les gênants témoins supposés, évitant la tragédie de justesse. La
mise en scène ne néglige aucune des conventions du genre : portes qui claquent,
chutes inopinées, quiproquos en série, mimiques, cris, sursauts, effondrements,
et même chansonnette. Le vaudeville n?est-il pas « l’art d’être bête en
couplet », disait Labiche ? Le décorum n?oublie rien non plus des fanfreluches
capitonnées du style second empire. L’intérieur cossu, dessiné par un Vuillard à
la pâte lourde, amasse les signes extérieurs de la respectabilité rentière.
Jérôme Deschamps et Macha Makeïeff se contentent d’actionner la mécanique
comique, sans que jamais claque à la figure ce rire « inséparable de la vie
sociale quoique insupportable à la société », pointé par Bergson. Ils
chatouillent le texte mais restent au seuil de la folie, évitant les troubles et
les visions de cauchemar que provoquent la perte d’identité sociale, l’absurde
et les fantasmes d’une classe bien calée dans les moelleux velours du
conformisme. La troupe, le fabuleux Luc-Antoine Diquéro en tête, croque
cependant avec délice les bons mots de cette Affaire rondement menée.

Gwénola David

L’Affaire de la rue de Lourcine, d’Eugène Labiche, avec en lever de
rideau, Vingt-Six, de Georges Courteline, mise en scène de Jérôme Deschamps et
Macha Makeïeff, jusqu’au 31 mars 2007, à 20h, sauf le dimanche à 15h, relâche
lundi, à l’Odéon-Théâtre de l’Europe, Place de l’Odéon, 75006 Paris. Rens. 01 44
85 40 40 et www.theatre-odeon.fr. Durée : 1h30.

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