La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

La Ville

La Ville - Critique sortie Théâtre
Photo : Brigitte Enguerand Claire (Marianne Denicourt) et Christopher (André Marcon) en quête de la vraie vie.

Publié le 10 février 2009

La Ville de Crimp met en question l’existence à travers l’écriture et la fascination d’un monde de violence quotidienne et de bruits de guerre. Une passion contemporaine exaltée par Marc Paquien.

Comment reconnaître un sens à sa vie à travers l’écriture ? C’est la quête de Claire, figure féminine de La Ville du dramaturge anglais Martin Crimp, un écho à La Campagne. Ayant perdu son emploi, Christopher demande à sa femme si elle n’est jamais tentée d’écrire, son métier de traductrice frayant avec la littérature. Mohamed auquel elle fait allusion est un auteur qui la subjugue, il a été emprisonné dans son pays et a subi la torture, il écrit. Mais pour Claire, épouse et mère de famille, écrire n’est pas si simple. La vie quotidienne déroule ses fils tentaculaires qui enserrent l’artiste en puissance. Claire se construit un monde intérieur qui va éluder les empêchements à ce désir de créer. Le talent de Crimp tient à la composition de mise en abyme de la pièce: l’acte d’écrire est transposé à l’intérieur même de la dramaturgie. La scène est investie par des personnages autres qui participent comme des motifs partiels à l’ensemble de la représentation, un patchwork de l’œuvre finale en devenir que chacun reste libre d’interpréter. Jenny, une voisine infirmière (Hélène Alexandridis acidulée), fait part de son angoisse ; son mari médecin est à l’épreuve de la guerre, une guerre qui pulvériserait telle ville…

Le spectateur assiste à la fabrication d’une fiction

Plus tard, apparaît la fille du couple, une reproduction miniaturisée de l’infirmière. S’agit-il de personnages inventés dont s’inspire l’écriture de Claire, de l’adulte à l’enfant ? Le spectateur assiste à la fabrication d’une fiction, et cette invite à la contemplation de l’acte de créer ne laisse pas indifférent. Des bribes d’intrigue policière à la manière anglaise parsèment cette initiation étrange dans le mépris des convenances, un cynisme avec mise à mal de l’enfance, traces de sang et couteau. Cette affectation d’immoralité dans laquelle se complaît le père est interprétée avec une sérénité désabusée par André Marcon. Quant à la mère, Claire – incarnée par Marianne Denicourt, juste et naturelle – elle est l’antithèse de « ces fomenteurs de terreur enragée qui ne reculent devant rien pour rester en vie ». Elle aurait voulu décrire la ville, avec des histoires et des personnages de la vie courante : elle aurait pu se sentir vivre. La scénographie de Paquien tisse un imaginaire précieux, pur et foisonnant avec sa toile de fond en palimpseste végétal, une fougère pour rappel de la campagne et des chants d’oiseaux, ou bien la perspective d’un écran ciné pour archives. Claire n’échoue pas, elle revendique la vraie vie au-delà de son sentiment d’absence au monde. Une exaltation esthétique et visionnaire des possibles urbains.

Véronique Hotte
La Ville


De Martin Crimp, traduction de Philippe Djian, mise en scène de Marc Paquien, jusqu’au 13 février 2009 20h30, le 8 février 15h aux Abbesses -Théâtre de la Ville- 31, rue des Abbesses 75018 Paris Tél : 01 42 74 22 77 Texte publié à L’Arche Editeur.

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