La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

La Ville, chaude et froide à la fois

La Ville, chaude et froide à la fois - Critique sortie Théâtre Paris Théâtre national de la Colline.
Rémy Barché CR : Jonathan Michel

Théâtre de la Colline / Martin Crimp / mes Rémy Barché

Publié le 28 octobre 2014 - N° 225

Artiste associé à la Comédie de Reims, Rémy Barché remet La Ville en route après sa création il y a trois ans.  Une pièce de Martin Crimp qui lui tient particulièrement à cœur.

S’agit-il ici d’une reprise de La Ville ou d’une recréation ?

Rémy Barché : Il s’agit ici d’une quatrième version. Il y a eu quelques changements dans la distribution et la scénographie. La Ville, c’est une pièce très mystérieuse et j’ai l’impression que je pourrais travailler dessus toute ma vie. Je l’ai lue en sortant du TNS et elle m’avait bouleversé. Martin Crimp y parle du couple, il creuse la psychologie de ses personnages avec profondeur et fantaisie. Mais il est aussi éblouissant dans sa manière de saisir une société en perte de sens. C’est une pièce de chambre dans laquelle les personnages sont traversés par le monde qui les entoure.

 

« Martin Crimp est éblouissant dans sa manière de saisir une société en perte de sens. »

 

Que raconte-t-elle ?

R.B. : Claire, qui est traductrice, rencontre un auteur qui lui offre un journal intime vierge. Elle commence donc à essayer de relater sa vie avec ses propres mots, ce qui va la conduire à saisir à quel point elle est dévastée. Son mari est un informaticien qui se fait renvoyer de son entreprise pour des raisons qu’il ne comprend pas. A partir de là, lui non plus ne sait plus qui il est. Dans la pièce, les personnages se retrouvent comme vides, pas ancrés. Mais au contraire d’autres pièces où Crimp se moque de ses personnages, ici, il les accompagne avec beaucoup d’empathie dans leur trouble. Nous sommes tous à la recherche de gens qui seraient capables de nous faire saisir le monde dans lequel on vit. Le renversement ultime dans la pièce souligne que dans un monde qui nous échappe, on court le risque d’être “écrit“ par d’autres gens.  J’aime aussi dans cette pièce l’inquiétude que développe Crimp vis-à-vis d’une certaine superficialité dans les rapports humains.

 

Quels seront les axes de votre mise en scène ?

R.B. : J’ai souvent pensé à une expression de Romeo Castellucci qui parle de préserver « l’exactitude de l’énigme ». La pièce doit conserver un mystère mais il faut beaucoup d’exactitude dans les pistes qu’on donne au spectateur. J’ai choisi d’installer un rapport de proximité avec le spectateur car Crimp permet de jouer des choses simples et subtiles. Et j’ai tenté de maintenir ensemble les deux versants que Crimp avait dissociés dans ses pièces, jusqu’à La Ville : celui des pièces qu’il dit « chaudes », plutôt naturalistes avec une évolution psychologique, et celui des pièces dites « froides », plus expérimentales, où la notion de personnage est malmenée.

Propos recueillis par Eric Demey

A propos de l'événement

La Ville, chaude et froide à la fois
du Jeudi 27 novembre 2014 au Samedi 20 décembre 2014
Théâtre national de la Colline.
15 Rue Malte Brun, 75020 Paris, France

du mercredi au samedi à 21h, le mardi à 19h et le dimanche à 16h. Tél : 01 44 62 52 52. Egalement du 12 au 15 novembre 2014 à la Comédie de Reims–CDN, les 22 et 23 novembre au Studio-Théâtre de Vitry et du 7 au 10 janvier 2015 au Théâtre National de Toulouse. Durée : 1h50.


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