La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

La Mère

<p>La Mère </p> - Critique sortie Théâtre
Photo : Maarit Kytoharju (légende photo) Adama Dramé et son djembé d’une taille peu commune : 45 cm.

Publié le 10 mars 2007 - N° 146

Une mise en scène éblouissante de la pièce didactique de Brecht sur les
principes de la révolution socialiste contre le régime tsariste. Avec de vrais
artistes, des acteurs différents.

Les comédiens de la Compagnie L’Oiseau-Mouche, installée au Garage à Roubaix,
sont l’objet d’un handicap mental léger et moyen que le spectateur transcende, à
la fois percevant cette différence et la mettant à distance tant l’art du
théâtre, à travers la création de La Mère par Françoise Delrue, est
intimement vécu par ces acteurs à la présence intense. À leur actif, un sens
intuitif du militantisme brechtien, une adhésion instinctive à la morale de la
fable qu’ils illustrent grâce à une mise en abyme de leur propre situation
d’exclusion, « récupérée » pour une réintégration exemplaire par le biais de
l’aventure scénique. L’hypothèse ? L’individu qui s’approprie le savoir est
susceptible de s’émanciper. L’histoire de La Mère de Brecht d’après
Gorki, cette Vie de la révolutionnaire Pélagie Wlassowa de Tsversk ne
raconte rien d’autre que l’acquisition de la citoyenneté par l’entremise de la
culture, se réduirait-elle à l’apprentissage brut de la lecture et de
l’écriture. Pélagie Wlassowa est une femme russe qui s’engage dans l’action
politique pour la seule raison que son fils est en danger. Elle n?a jamais voulu
se battre : « Je suis heureuse quand je mets un sou de côté, ça me fait
plaisir.
 »

Jennifer Barrois interprète une mère en majesté.

Au cours de ses déboires et ses misères de travailleuse, cette femme du
peuple reçoit des leçons d’économie politique sur le déclenchement d’une grève
ouvrière, ce qui lui donne accès à la maturité d’une conscience civique. Et
avant qu’elle ne devienne l’égérie des révolutionnaires, Pélagie rencontre un
instituteur qui ? hors de toute velléité communiste ? lui divulgue le savoir, le
moyen de s’approprier non seulement la connaissance, la pensée et le monde mais
aussi la victoire sur soi et le droit de regard sur sa destinée : « Si on rit
de votre faiblesse, comment pourrez-vous vous défendre ? ? Vous devrez réunir
les forces des faibles et prendre le pouvoir?
 » Ainsi parle le ch?ur contre
l’intervention de la police. Pélagie brandit le drapeau rouge jusqu’à ce que
s’accomplisse la Révolution, manifestant contre la guerre. Jennifer Barrois
interprète une Mère en majesté, émouvante de vérité, portée par le sens du
devoir et de la responsabilité. Une morale qu’embrassent tous les acteurs,
chanteurs aussi qui jouent les camarades d’usine, le ch?ur, le commissaire, le
régisseur, sans oublier les musiciens ? Casilda Rodriguez à l’accordéon et
Christian Vasseur à la guitare. Dans un rapport quadri-frontal, avec deux
plateaux pour les actions, un pour le ch?ur et un autre pour les musiciens et le
régisseur. Le rouge flamboyant de la passion révolutionnaire côtoie l’ombre
menaçante et noire de l’imaginaire industriel. Un esthétisme senti, et un
spectacle de panache dans le respect des ressources de chacun.

Véronique Hotte

La Mère

De Bertolt Brecht, mise en scène de Françoise Delrue, mardi et jeudi 19h30,
mercredi, vendredi et samedi 20h30, du 13 au 17 mars 2007 au Palace – La Comédie
de Béthune- Tél : 0826 802 600

Spectacle vu au Garage à Roubaix.

A propos de l'événement



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