Avignon Mario Dragunsky

La folie rationnelle et méthodique des camps nazis

En portant à la scène Si c’est un homme, de Primo Levi, le comédien et metteur en scène Mario Dragunsky revient à l’histoire d’une partie de sa famille déportée dans les camps allemands. Une façon pour lui de « témoigner avec un engagement total du cauchemar, de la folie rationnelle, méthodique et scientifique du nazisme ».

Qu’est-ce qui vous a mené jusqu’à l’œuvre de Primo Levi ?
Mario Dragunsky : Je suis issu d’une famille juive du Yiddishland qui a fui les pogroms du début du XXe siècle pour partir vivre en Argentine et aux Etats-Unis. Les membres de ma famille qui sont restés en Europe ont été déportés. Voilà longtemps que je voulais traiter de cette histoire sur scène : de la Shoah et des conséquences ultimes du racisme. Le récit de Primo Levi m’a donné les mots pour le faire. Il s’agit d’un texte essentiel dans une époque de crise comme la nôtre où “l’étranger est l’ennemi”, où l’on désigne encore « l’autre » comme responsable de tous les problèmes de la société.
 
Quels sont les aspects fondamentaux de Si c’est un homme que vous souhaitez faire surgir sur scène ?
M. Dr. : Le texte de Primo Levi est, à mes yeux, la description et l’incarnation même du cœur de la Shoah : la folie suprême de la déshumanisation, la folie totalement rationnelle des nazis qui s’incarne dans les camps. S’emparer d’une telle œuvre revient évidemment à poser des questions. Qu’est-ce qui fonde l’identité de l’homme ? Comment les nazis ont-ils réussi à détruire l’essence humaine, aussi bien chez eux que chez les autres ? De tels questionnements, je l’espère, permettront de relayer la conscience du danger de la répétition.
 
« Le texte de Primo Levi est la description et l’incarnation même du cœur de la Shoah »
 
Qu’est-ce que le théâtre peut, selon vous, apporter à ce texte ?
M. Dr. : Voir et entendre sur scène un comédien produit souvent une empathie chez le spectateur. Cette version théâtrale faite par Primo Levi lui-même permet une transmission directe de ce témoignage. Une transmission faite d’émotion, de lucidité et d’engagement.
 
Quels écueils votre interprétation et votre mise en scène ont-elles cherché à éviter ?
M. Dr. : J’ai souhaité me situer dans un espace de rêve, plutôt que de cauchemar. On n’est pas à Auschwitz, je n’ai pas de tatouage sur le bras, j’ai tenu à m’éloigner de toute forme de pathos… La représentation bascule constamment entre passé et présent, entre récit et “incarnation des personnages”. Je ne cherche pas à incarner Primo Levi, mais à témoigner avec un engagement total du cauchemar, de la folie rationnelle, méthodique et scientifique du nazisme.
 
Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat


Avignon Off. Est-il un homme, d’après Si c’est un homme de Primo Levi ; version dramatique de Pieralberto Marché et Primo Levi ; adaptation, interprétation et mise en scène de Mario Dragunsky. Du 8 au 31 juillet 2011 à 17h30. Relâche les 16 et 23 juillet. Espace Saint-Martial, 2, rue Fabre. Tél. : 06 86 42 03 98.

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