La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

La Commission Centrale de l’Enfance

La Commission Centrale de l’Enfance - Critique sortie Théâtre
Légende photo : David Lescot raconte la faillite héroïque de l’utopie communiste

Publié le 10 juin 2008

Musicien, auteur et metteur en scène, David Lescot réveille ses souvenirs d’enfance dans un récit intime qui croise les espoirs des années d’après-guerre. Simplement précieux.

La « Commission centrale de l’enfance » : sobre, presque roide, l’allure officielle, l’estampille sonne comme une directive administrative, voire une mystérieuse officine réglementaire perdue dans les dédales bureaucratiques. Ecourtée en cigle majuscule, plus intime, la « CCE » évoque pourtant au cœur de certains les rires d’été, les aventures collectives, les virées nocturnes et les premiers émois sensuels : les colonies de vacances. Fondée en 1947 par des Juifs communistes français pour les enfants de déportés, cette association regroupait donc les maisons d’accueil où des milliers de gamins, méthodiquement classés en petits, moyens, grands, préados 1, préados 2 et ados, ont dévoré les plaisirs et les affres de la vie communautaire, du sport et du théâtre, avec la foi cruelle et incassable de la jeunesse. David Lescot, qui fréquenta assidûment cette institution dans les années 80, tire les fils de cette histoire nouée autour des espoirs de l’après-guerre, qu’il tresse avec ses souvenirs et peut-être même quelques autres récits brodés au lointain par l’imaginaire.
 
Une drôlerie désenchantée
 
Où il est donc question de tournois de volley-ball, de jeux olympiques en culottes rouges, de canoë-kayak à Trélissac, de Brecht et de sauce rémoulade, de Maurice Thorez, de descentes frissonnantes dans la tente des filles et de course non moins haletante dans le parc. Et puis de chants, toujours flamboyants, toujours fièrement lancés au front de l’avenir radieux. Et puis aussi de guitare. « Ça évidemment ça participe de l’accord intime, du pacte profond qui existe entre la colonie de vacances et la guitare. (…) Et il ne m’avait pas échappé à moi, le pouvoir de celui qui prenait la guitare. » Aujourd’hui, David Lescot partage d’ailleurs la scène avec une Jo Lana, prénommée « Tornado », magnifique guitare électrique tchécoslovaque des années 60, modèle très rare. Rouge. Eclatant. « C’est pour faire troubadour, griot, rhapsode. », dit-il. Musicien, auteur, acteur et metteur en scène, David Lescot croise anecdotes et chronique historique, saynètes chantonnées et souvenirs dialogués, le « je » et le « nous ». Il raconte, guitare en mains, l’humour au coin des mots, la générosité humaniste portée par le communisme, les certitudes aveuglées de l’idéologie, l’usure de l’espoir laminé en slogan. Il dit la faillite héroïque d’une épopée, mais aussi l’apprentissage de la transgression, l’éveil des sens au temps de l’adolescence, avec une drôlerie désenchantée, un peu mélancolique, finalement cinglante, qui glisse dans les commissures du cœur. Ce soir-là, Gabriel Garran était dans la petite assemblée du public, serré sous la voûte de pierre. Le grand monsieur du théâtre, comme on dit pour résumer l’œuvre d’une vie, était moniteur à la CCE en 1949. Il a chanté. Un de ces chants justement qui veulent croire aux lendemains heureux. Il était debout.
 
Gwénola David


La Commission Centrale de l’Enfance, texte et interprétation de David Lescot, jusqu’au 15 juin 2008, à 19h, sauf dimanche à 15h, relâche lundi et mardi, à la Maison de la Poésie, Passage Molière, 157 rue Saint-Martin, 75003 Paris. Rens. 01 44 54 53 00 et www.maisondelapoesieparis.com . Durée : 1h.

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