La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

La Cerisaie

La Cerisaie - Critique sortie Théâtre Paris Théâtre du Soleil
Christian Benedetti, metteur en scène de La Cerisaie.

Théâtre du Soleil / d’Anton Tchekhov / mes Christian Benedetti

Publié le 21 décembre 2015 - N° 239

Il poursuit son exploration de l’œuvre d’Anton Tchekhov. Après La Mouette, Oncle Vania, et Trois Sœurs, Christian Benedetti crée La Cerisaie. Il est accueilli, pour l’occasion, au Théâtre du Soleil.

Pourriez-vous revenir sur ce qui vous a mis sur la voie de ce projet d’intégrale des pièces de Tchekhov ?

Christian Benedetti : Ce projet est pour moi une façon de mettre au jour et d’examiner, à travers chacune de ces pièces, la question centrale de l’œuvre de Tchekhov : qu’est-ce que le contemporain. Ce qui revient en fait à se demander comment on peut être à l’heure à un rendez-vous qu’on ne peut que manquer, puisque ce rendez-vous est notre propre vie. Il me semble que ce théâtre-là – à un moment où le siècle est brisé, où un monde disparaît pour laisser place à un autre – est plus que jamais important.

Quelle est pour vous la chose essentielle à faire ressortir de La Cerisaie ?

C. B. : Le chagrin immense qui la compose. La Cerisaie est une pièce aux multiples sens, aux multiples entrées, qui préfigure le théâtre de l’avenir, c’est-à-dire le théâtre d’après la catastrophe, le théâtre de Beckett. C’est une pièce qui annonce un monde nouveau où tout est plus rapide, où une nouvelle modernité change les rythmes de l’existence. Tout cela donne naissance à des affrontements de points de vue opposés sur la vie et sur le monde. Chaque personnage, à travers le chagrin qu’il porte, devient la métaphore de la pièce. Et en même temps, La Cerisaie est un vaudeville. C’est une comédie extrêmement drôle, qu’il faut jouer avec entrain.

« La Cerisaie est une pièce sur le chagrin. »

Comme Trois Sœurs, La Cerisaie est une pièce de troupe. Quelles spécificités cela induit-il ?

C. B. : Tchekhov a écrit ces deux pièces pour l’équipe de Stanislavski. Il dit que ce sont des pièces chorales dans lesquelles tout le monde chante en même temps, mais chacun une partition différente. Donc, tout le monde chante, mais seul. Et de temps en temps, des collisions signifiantes ont lieu entre ces différents chants. Des intersections au cours desquelles des choses se mettent à se répondre. Ces collisions renforcent encore l’impression de solitude qui se dégage de l’ensemble. Comme dans un tableau du Caravage, il ne faut pas être dans l’anecdote qui est peinte au premier plan, mais dans la vie noire qui permet de voir cette anecdote. L’acteur doit être à cette place-là. Il doit mettre son individualité au service de l’ensemble, de la matière noire qui permet au premier plan d’être vu. C’est ça qu’il faut mettre en scène.

Comment pourriez-vous caractériser le trajet que vous effectuez, depuis la création de La Mouette en 2011, dans le théâtre de Tchekhov ?

C. B. : Peut-être que c’est un trajet qui me permet d’aller de plus en plus profondément dans l’intime. Avec Tchekhov, on apprend tous les jours, non seulement sur le théâtre, mais aussi sur l’humain. J’ai envie de dire que c’est un auteur qui nous rend meilleurs. Il nous pose des questions qui nous interrogent à des endroits très surprenants. On ne peut pas s’échapper avec Tchekhov, on ne peut pas se cacher. Il nous rattrape toujours. Tchekhov nous oblige à affronter nos chagrins, à nous confronter à ce qu’il y a de plus essentiel en nous.

Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat

 

A propos de l'événement

La Cerisaie
du Mercredi 20 janvier 2016 au Dimanche 14 février 2016
Théâtre du Soleil
Route du Champ de Manoeuvres, 75012 Paris, France

Du mercredi au vendredi à 20h30, les samedis et dimanches à 16h. Tél. : 01 43 76 86 56. www.theatre-studio.com


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