La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Jean-Michel Ribes

Jean-Michel Ribes - Critique sortie Théâtre
Crédit : Brigitte Enguerand Légende : Jean-Michel Ribes

Publié le 10 septembre 2011 - N° 189

Un opéra bouffe contre le barnum politique

Passionné depuis toujours par l’opéra bouffe, le directeur du Théâtre du Rond-Point crée René l’énervé, sur une musique originale de Reinhardt Wagner. Un « opéra bouffe et tumultueux » qui porte un regard satirique sur le monde politique français des quatre dernières années.

Votre univers est intimement lié à l’absurde et à la comédie. Quelles sont, pour vous, les vertus et les limites du rire ?
Jean-Michel Ribes : En France, on regarde souvent le rire et la comédie de façon méprisante. On mélange tout : les pires programmes de TF1 et les œuvres d’Offenbach ! Voilà des années que je m’élève contre ça. Je crois aux vertus d’un « rire de résistance », un rire qui nous tire vers le haut, nous libère des formats, de la dictature du raisonnement, de l’hégémonie de l’esprit de sérieux. C’est le rire de Rabelais et de Jarry. C’est le rire qui, comme le disait Aragon, « creuse des galeries vers le ciel », le rire qui s’oppose au rire dégradant des ricaneurs, de tous ceux qui ne dénoncent rien, qui ne font pas scandale. Les limites du rire, c’est donc cela : la tranquillité, le conformisme des réalités définitives, du bon goût et de la morale.
 
René l’énervé s’inspire de l’actualité politique de notre pays. Qu’est-ce qui vous a donné envie de passer du champ de l’absurde à celui de la satire ?
J.-M. R. : Voilà plusieurs années que je me sens agressé par le barnum politique qui s’est installé en France depuis la dernière élection présidentielle. Et je ne parle pas uniquement de ce qui se passe à droite. Nicolas Sarkozy a entraîné l’ensemble de la classe politique dans un ton, dans une manière de faire qui tend à nous éloigner de toute chose culturelle. A travers René l’énervé, j’ai souhaité dénoncer la contagion généralisée – de droite à gauche, en passant par les écologistes – de la médiocratie. Je ressens un véritable malaise face à cette politique-là. Et avant que ce malaise ne se transforme en aigreur, j’ai préféré m’en libérer par le rire, en écrivant, avec Reinhardt Wagner, un opéra bouffe plein de légèreté, une farce musicale insolente et bouffonne.
 
« A travers René l’énervé, j’ai souhaité dénoncer la contagion généralisée de la médiocratie. »
 
Qui est René l’énervé ?
J.-M. R. : Il s’agit d’un petit épicier qui court jour et nuit. C’est lui que les membres du parti majoritaire ont choisi comme homme providentiel pour remplacer le vieux pacha qui vient de mourir. Car René possède deux qualités qui paraissent essentielles à tous ceux qui souhaitent le voir arriver jusqu’à la tête de l’Etat : il a de l’énergie à revendre et, surtout, beaucoup de bon sens. Or, nous savons très bien à quoi mène le bon sens en politique… Et face à tout cela, l’opposition roupille… René l’énervé est une fable satirique, un conte drolatique qui retraverse en musique, grâce à vingt chanteurs-comédiens, les principaux événements ayant ponctué la vie politique française des quatre dernières années…
 
Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat      


René l’énervé, Opéra bouffe et tumultueux (texte publié par Actes Sud – Papiers), texte et mise en scène de Jean-Michel Ribes ; musique originale de Reinhardt Wagner. Du 7 septembre au 29 octobre 2011. Du mardi au samedi à 21h, le dimanche à 15h. Relâche les lundis et le dimanche 11 septembre. Théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Franklin D. Roosevelt, 75008 Paris. Tél : 01 44 95 98 21.
Reprise les 14, 15, 16, 17 et 18 mars 2012 à l’Opéra national de Lorraine / Nancy.

A propos de l'événement



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